Friday, August 29, 2008

Trois scénarios pour l'avenir d'Israël


Le Droit
Actualités, vendredi, 29 août 2008, p. 19

À vous la parole

Trois scénarios pour l'avenir d'Israël

La décision du premier ministre israélien, Ehud Olmert, de démissionner, sonne le glas d'une courte ère aux conséquences néfastes pour l'image de marque d'Israël.

Depuis la "Seconde guerre du Liban" en juillet 2006 contre le Hezbollah et la victoire politique de ce dernier, Ehud Olmert s'est retrouvé dans le collimateur de la droite israélienne qui lui reproche non seulement d'avoir mal géré une guerre, mais d'avoir également et surtout affaibli l'image dissuasive d'un Israël fort dans un océan islamiste hostile à l'État hébreu. Cela est devenu plus grave encore suite au dernier échange de prisonniers avec le Hezbollah grâce à la médiation allemande. Un échange qui crédite plus "la victoire du Hezbollah" dans la rue arabe, mais qui en contrepartie revêt pour les Israéliens un visage humanitaire pour apporter une fin à la souffrance des parents des deux soldats israéliens enlevés par les miliciens du Hezbollah en 2006. Or, bien que l'ensemble de la classe politique israélienne se félicite du retour des corps des soldats, il n'en demeure pas moins que le charisme d'Olmert et son savoir-faire sont pointés du doigt par le Likoud. À cela s'ajoute la série de scandales qui touchent personnellement le premier ministre israélien. Tout cela ne pouvait que se terminer logiquement par la démission d'Ehud Olmert. Ce qui est chose faite.

Impact considérable

Ainsi, trois scénarios s'offrent actuellement aux Israéliens et qui auront certainement un impact considérable sur l'ensemble de la région du Proche et Moyen-Orient et sur l'avenir des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens.

1- Le Likoud élu : Un succès de Benjamin Nétanyahou donnera sans doute plus d'ailes à Tsahal et une remontée du moral des troupes car nul n'ignore le langage fort et direct du chef du Likoud qui oppose toute concession aux groupes "terroristes" ou aux ennemis d'Israël.

Cela se traduira notamment par une éventuelle attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes, si Téhéran persiste dans son programme nucléaire et ignore les demandes de l'Occident. Advenant une telle attaque, le résultat sera la montée encore plus grave des prix du pétrole et une crise économique sans précédent qui touchera l'Occident en entier sans parler des conséquences militaires des éventuelles représailles de parts et d'autres.

2- Les Travaillistes élus : Une telle possibilité rappellera sans aucun doute les déboires d'une politique israélienne "barakienne" qui n'a abouti depuis 2000 qu'à ternir l'image de marque de l'État hébreu et dont le retrait anticipé du Liban en mai 2000 - voulu par Barak pour des raisons purement de politique-politicienne israélienne - ne fera que donner plus d'incitatifs au Hamas et au Hezbollah de s'attaquer encore plus au processus de paix et aux Israéliens quitte à les pousser vers plus de concessions en vue d'une victoire finale contre eux.

3- Kadima réélu : Dans le cas de succès de Kadima, la tâche du remplaçant d'Olmert serait celle de regagner la confiance de la majorité de l'opinion publique israélienne tout en solidifiant de nouveau l'image de marque d'Israël. Bien entendu, le processus de paix avec les Palestiniens devrait trouver de nouveaux incitatifs et l'avenir des colonies dans la Cisjordanie clairement précisé pour éviter tout blocage de ce processus. Ce qui ne sera sans doute pas facile à faire dans un contexte aussi fragile dans lequel passe l'ensemble de la région.

Ces trois scénarios ne permettent tout de même pas de savoir si l'État hébreu réussira à relever le défi de résister à l'agresseur tout en cherchant en même temps à aboutir avec les pays arabes à une paix durable à travers notamment la création d'un État palestinien voisin, mais surtout avec une entente avec la Syrie. Dans ce dernier cas de nombreuses questions sont posées dont celles ayant trait à la position de Damas vis-à-vis du Hezbollah et de l'Iran, maintenant que le Hezbollah semble aux commandes du Liban.

Les mois à venir sont cruciaux aussi bien pour Israël, que pour la Syrie, l'Iran et le Liban. Une quelconque fausse décision politique pourrait enflammer la région et affecter les économies des plus grands... L'Occident ne sortira point nécessairement le grand gagnant et l'instabilité interne pourra le gangrener de l'intérieur dû au terrorisme latent...

Alain-Michel Ayache,
Département de science politique,
Université du Québec à Montréal

Illustration(s) :

Archives, La Presse
Ehud Olmert

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Numéro de document : news·20080829·LT·0025

Sunday, August 24, 2008

L'avenir d'Israël est en jeu



Le Droit
Forum, samedi, 23 août 2008, p. 25

L'avenir d'Israël est en jeu

"Chose promise, chose due !" Ce sont les paroles que le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah a prononcées devant les dizaines de milliers de fidèles venus accueillir les prisonniers libanais libérés par Israël. Le Hezbollah sort ainsi grand gagnant de cette entente conclue avec Israël à travers le médiateur allemand. Cela est d'autant plus vrai que depuis mai 2000, date du retrait des troupes israéliennes du Sud Liban suite à la politique d'autruche décidée par Ehud Barak, la milice chiite pro-iranienne a remporté le premier volet d'une guerre de longue haleine contre l'État hébreu.Cette victoire est avant tout dans la rue arabe quelles que soient la religion et les affinités politiques que cette rue détienne.

Après la décision de démission du premier ministre israélien Ehouh Olmert, Sayyed Hassan Nasrallah confirme encore une fois sa position de "leader" incontesté de la rue arabe et musulmane tous azimuts.En effet, en s'affichant comme le parti qui a su mettre à genoux la plus puissante des armées de la région, le Hezbollah a d'un seul coup remonté le moral arabe et lui a donné une cause nouvelle et un espoir de reprendre la revanche sur un Occident colonialiste et impérialiste ; et par-dessus tout, de reprendre le combat contre l'Infidèle, le Croisé et plus tard le Mécréant qui avaient conquis la "Terre Sainte de l'Islam", Jérusalem.Mieux encore, la victoire politique sans contestation de la guerre de juillet 2006 a donné plus de poids à la stature de Sayyed Hassan Nasrallah. Ce dernier est devenu le porte-parole de la résistance islamique non seulement au Liban mais à travers le monde arabo-musulman où les peuples cherchent désespérément une figure historique qui leur rappelle l'apogée de l'Islam dans les siècles passés face à un Occident en perdition et dont la société n'a plus de valeurs au sens sociétal et familial du terme. Ainsi, Nasrallah devient l'exemple de la pureté de l'esprit musulman et de la lutte contre "l'Infidèle" et le "Sioniste".

Les signes de faiblesse

La décision d'Olmert de démissionner quelques jours seulement après avoir accepté de libérer les prisonniers libanais et palestiniens est le résultat direct d'une faiblesse sans contestation de cette politique "olmertienne". Ce qui pousse la rue arabe encore vers une quasi-adoration de Nasrallah pour ajouter "victoire" après "victoire" contre l'État hébreu.Or, à analyser de près la politique "olmertienne", l'on constate qu'elle est pour le moins dangereuse pour l'avenir même de l'État hébreu, aussi réaliste et "humanitaire" qu'elle ne paraisse aux yeux de l'actuel gouvernement israélien.Avec la montée en puissance d'un Hezbollah plus que jamais fort d'un appui populaire, non seulement chiite, mais sunnite dans certains cas (à Gaza et certains pays arabes) et chrétien dans d'autres (au Liban), rien ne garantit à Israël que les demandent et exigences du Hezbollah vont s'arrêter !

De plus, l'insistance du Hezbollah sur la l'identité libanaise des fermes de Chebaa malgré qu'elles aient été conquises par Israël de l'armée syrienne, fait en sorte que ce dossier demeure comme une épée de Damoclès pour Israël. Sans oublier, bien entendu, l'armement sophistiqué du Hezbollah et sa présence au nord de la frontière israélienne même si c'est interdit par le Conseil de sécurité des Nations unies.À cela s'ajoute un Iran plus fort que jamais et une politique américaine chancelante et en perdition dans la région, malgré une apparence de confrontation avec l'État perse.

Faible Israël

Ainsi, Israël n'a jamais paru aussi faible aux yeux de la rue arabe qui rêve maintenant de donner l'assaut final pour libérer Jérusalem et rendre à l'Islam son prestige d'antan. Mais alors comment faire pour mettre un terme à cette faiblesse ? La question se pose dans plus d'un cercle, aussi bien israélien qu'occidental. La réponse demeure toutefois insatisfaisante car les conséquences pourraient être graves non seulement pour Israël mais pour l'ensemble de la région voire de la planète.Trois scénarios sont plausibles et tous les trois passent par le remplacement d'Ehud Olmert à la tête du gouvernement israélien. Le premier se traduirait sans doute par l'arrivée au pouvoir de l'aile radicale d'Israël, représentée en partie par le Likoud et donc par Benjamin Nétanyahou. La seconde, serait que le parti Kadima demeure au pouvoir en substituant son chef par un autre dont le charisme fera en sorte de sauvegarder l'honneur. Le dernier cas de figure serait celui de l'arrivée des Travaillistes d'Ehud Barak à la tête du gouvernement.

Alain-Michel Ayache,
Département de science politique,
Université du Québec à Montréal
© 2008 Le Droit. Tous droits réservés.
Numéro de document : news·20080823·LT·0038

Thursday, August 21, 2008

Israël, l'avenir en jeu - la vision israélienne





Israël, l'avenir en jeu

La vision israélienne

Alain-
Michel Ayache

Il fallait s’y attendre, la décision du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, de démissionner, sonne le glas d’une courte ère aux conséquences néfastes pour l’image de marque d’Israël.

En effet, depuis la « Seconde guerre du Liban » en juillet 2006 contre le Hezbollah et la victoire politique de ce dernier, Ehud Olmert s’est retrouvé dans le collimateur de la droite israélienne qui lui reproche non seulement d’avoir mal géré une guerre, mais d’avoir également et surtout affaibli l’image dissuasive d’un Israël fort dans un océan islamiste hostile à l’État hébreu. Cela est devenu plus grave encore suite au dernier échange de prisonniers avec le Hezbollah grâce à la médiation allemande. Un échange qui crédite plus « la victoire du Hezbollah » dans la rue arabe, mais qui en contrepartie revêt pour les Israéliens un visage humanitaire pour apporter une fin à la souffrance des parents des deux soldats israéliens enlevés par les miliciens du Hezbollah en 2006. Or, bien que l’ensemble de la classe politique israélienne se félicite du retour des corps des soldats, il n’en demeure pas moins que le charisme d’Olmert et son savoir-faire sont pointés du doigt par le Likoud. À cela s’ajoute la série de scandales qui touchent personnellement le Premier ministre israélien. Tout cela ne pouvait que se terminer logiquement par la démission d’Ehud Olmert. Ce qui est chose faite.

Ainsi, trois scénarios s’offrent actuellement aux Israéliens et qui auront certainement un impact considérable sur l’ensemble de la région du Proche et Moyen-Orient et sur l’avenir des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens.

1—Arrivée du Likoud au gouvernement

Un succès de Netanyahu donnera sans doute plus d’ailes à Tsahal et une remontée du moral des troupes car nul n’ignore le langage fort et direct du chef du Likoud qui oppose toute concession aux groupes « terroristes » ou aux ennemis d’Israël. Cela se traduira notamment par une éventuelle attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes, si Téhéran persiste dans son programme nucléaire et ignore les demandes de l’Occident. Advenant une telle attaque, le résultat sera la montée encore plus grave des prix du pétrole et une crise économique sans précédent qui touchera l’Occident en entier sans parler des conséquences militaires des éventuelles représailles de parts et d’autres.

2—Arrivée des Travaillistes au gouvernement

Une telle possibilité rappellera sans aucun doute les déboires d’une politique israélienne « barakienne » qui n’a aboutit depuis 2000 qu’à ternir l’image de marque de l’État hébreu et dont le retrait anticipé du Liban en mai 2000 – voulu par Barak pour des raisons purement de politique-politicienne israélienne – ne fera que donner plus d’incitatifs au Hamas et au Hezbollah de s’attaquer encore plus au processus de paix et aux Israéliens quitte à les pousser vers plus de concessions en vue d’une victoire finale contre eux.

3—Kadima qui réussit à garder le gouvernement

Dans le cas de succès de Kadima, la tâche du remplaçant d’Olmert serait celle de regagner la confiance de la majorité de l’opinion publique israélienne tout en solidifiant de nouveau l’image de marque d’Israël. Bien entendu, le processus de paix avec les Palestiniens devrait trouver de nouveaux incitatifs et l’avenir des colonies dans la Cisjordanie clairement précisé pour éviter tout blocage de ce processus. Ce qui ne sera sans doute pas facile à faire dans un contexte aussi fragile dans lequel passe l’ensemble de la région.

L’avenir d’Israël en jeu

Ainsi définis, ces trois scénarios ne permettent tout de même pas de savoir si l’État hébreu réussira à relever le défi de résister à l’agresseur tout en cherchant en même temps à aboutir avec les pays arabes à une paix durable à travers notamment la création d’un État palestinien voisin, mais surtout avec une entente avec la Syrie. Dans ce dernier cas de nombreuses questions sont posées dont celles ayant trait à la position de Damas vis-à-vis du Hezbollah et de l’Iran, maintenant que le Hezbollah semble aux commandes du Liban.

Quoi qu’il en soit, les mois à venir sont cruciaux aussi bien pour Israël, que pour la Syrie, l’Iran et le Liban. Une quelconque fausse décision politique pourrait enflammer la région et affecter les économies des plus grands… L’Occident ne sortira point nécessairement le grand gagnant et l’instabilité interne pourra le gangrener de l’intérieur dû au terrorisme latent...

Israël, l'avenir en jeu - la réaction arabe





Israël, l'avenir en jeu

La réaction arabe


Alain-Michel Ayache

Il y a quelques semaines, suite à l’accord conclut avec Israël par l'intermédiaire de la médiation allemande pour libérer les prisonniers libanais et palestiniens des prisons israéliennes en échange des corps des deux soldats israéliens, le Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, déclarait publiquement devant des dizaines de milliers de partisans « chose promise, chose due! »

Aujourd'hui, deux ans après sa « victoire divine », Nasrallah, s’adresse aux Libanais – et aux Arabes – sur la chaîne de télévision satellitaire du Hezbollah, Al-Manar. Dans son discours à la nation arabe de près de 70 minutes, il souligne les réalisations de son parti et critique à la fois Israël et les États-Unis. Il dépeint la guerre de 2006 comme le début de la fin du mythe israélien.

En effet, Nasrallah évoque cette guerre de 2006 comme étant derrière le licenciement d'un certain nombre de dirigeants militaires en Israël, ainsi que derrière l'effondrement du populaire Premier ministre Ehud Olmert, qui a dit aux Israéliens – comme Nasrallah le rapporte – qu'il « est mort dans la guerre au Liban, mais a été enterré au bout de deux ans, en raison des scandales de corruption ».

Nasrallah a critiqué le point de vue israélien qui croit que la raison de défaite dans cette guerre, était due au manque d'expérience, en particulier au sein de l’équipe dirigeante aussi bien politique que militaire. Il rappelle ironiquement à ceux qui accusent l’actuelle Administration israélienne et la blâment de la défaite de juillet 2006 (en particulier Ehud Barak), la première « défaite d'Israël et son retrait du Liban en 2000 ».

Un changement important dans le lexique états-unien

Par ailleurs, le Secrétaire général a souligné que les répercussions de cette guerre ainsi que la disparition de l'utilisation des termes « nouveau Moyen-Orient », qui a été annoncée par la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, confirment que cette approche s'est effondrée et ses termes sont rendus obsolètes.

Il a en outre souligné que les pourparlers syro-israéliens en cours sont le résultat de ces conséquences, « car Israël a abandonné la politique de menaces et s’est tourné vers la politique de négociation ». De même, Nasrallah a évoqué « la confusion actuelle d'Israël vis-à-vis l’Iran, où « L’État hébreu est encore réticent à prendre des mesures concrètes s'il y a lieu d'attaquer l'Iran ou pas! »

La confirmation de son leadership

Ces déclarations soulignent la montée en puissance du Hezbollah depuis l’an 2000 à la suite de la triple « victoire » politique qu’il a marquées contre Israël, et qui sont le retrait rapide du Liban en Mai 2000, la guerre de 2006 et plus tard l’échange de prisonniers en 2008 qui poussent Israël à libérer un tueur d’enfant ainsi que des prisonniers de guerre du Hezbollah et d'autres prisonniers palestiniens.

Aujourd'hui, après la prise de Beyrouth de Mai 2008 par les combattants du Hezbollah et la formation d'un nouveau gouvernement libanais, où les ministres chiites et leurs alliés détiennent un droit de veto sur toutes les décisions du Cabinet, les voix qui osent s’élever pour demander l’élimination des armes du Hezbollah sont étouffées par la machine de guerre et de propagande de ce dernier. En effet, dans son discours télévisé, Nasrallah insiste sur le fait que les « armes de la résistance » sont sacrées et souligne que « les partis libanais ne doivent pas essayer de demander leur élimination, car cela serait jouer le jeu israélien, pour désarmer la résistance, alors que le territoire libanais reste encore occupé ».

Aujourd’hui, dans la langue du commun des mortels, cette « victoire » est unique. En effet, la rue arabe l’endosse quelle que soit la religion et les affinités politiques que cette rue détienne. D’ailleurs, la décision de démission du Premier Ministre israélien, Sayyed Hassan Nasrallah confirme encore une fois sa position de « leader » incontesté de la rue arabe et musulmane tous azimuts.

Une image plus solide que jamais

En effet, en s’affichant comme le parti qui a su mettre à genoux la plus puissante des armées de la région voire du monde, le Hezbollah a d’un seul coup remonté le moral de la rue arabe et lui a donné une cause nouvelle et un espoir de reprendre la revanche sur un Occident colonialiste et impérialiste; et par-dessus tout, de reprendre le combat contre l’Infidèle, le Croisé et plus tard le Mécréant qui avaient conquis la « Terre Sainte de l’Islam : Al-Quds » (Jérusalem). Mieux encore, la victoire politique sans contestation de la guerre de juillet 2006 a donné plus de poids à la stature du Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah.

Ce dernier est devenu le porte-parole de la résistance islamique non seulement au Liban mais à travers le monde arabo-musulman où les peuples cherchent désespérément une figure historique qui leur rappelle les victoires passées de l’Islam et son apogée dans les siècles passés face à un Occident en perdition et dont la société n’a plus de valeurs au sens sociétal et familial du terme. Ainsi, Nasrallah devient l’exemple de la pureté de l’esprit musulman et de la lutte contre « l’Infidèle » et le « Sioniste ».

Les signes de faiblesse d’Olmert…

La décision d’Olmert de démissionner quelques jours seulement après avoir accepter de libérer les prisonniers libanais et palestiniens dont Samir Al-Kantar, accusé par Israël d’avoir commis un massacre en plein territoire israélien, est le résultat direct d’une faiblesse sans contestation de cette politique « olmertienne ». Ce qui pousse la rue arabe encore vers une quasi-adoration de Nasrallah pour ajouter « victoire » après « victoire » contre l’État hébreu.

Or, à analyser de près la politique « olmertienne », l’on constate qu’elle est pour le moins dangereuse pour l’avenir même de l’État hébreu, aussi réaliste et « humanitaire » qu’elle ne paraisse aux yeux de l’actuel gouvernement israélien. En effet, avec la montée en puissance d’un Hezbollah plus que jamais fort d’un appui populaire, non seulement chiite, mais sunnite dans certains cas (à Gaza et certains pays arabes) et chrétien dans d’autres (au Liban), notamment après la dernière crise interlibanaise, rien ne garantit à Israël que les demandent et exigences du Hezbollah vont s’arrêter!

De plus, l’insistance du Hezbollah sur la l’identité libanaise des fermes de Chebaa malgré qu’elles aient été conquises par Israël de l’armée syrienne, fait en sorte que ce dossier demeure comme une épée de Damoclès pour Israël. Sans oublier, bien entendu, l’armement sophistiqué du Hezbollah et sa présence au nord de la frontière israélienne malgré la présence de la FINUL censée interdire cela selon la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. À cela s’ajoute un Iran plus fort que jamais et une politique américaine chancelante et en perdition dans la région, malgré une apparence de confrontation avec l’État perse.

…Et le message capté par la rue arabe !

Ainsi, Israël n’a jamais paru aussi faible aux yeux de la rue arabe qui rêve maintenant de donner l’assaut final pour libérer « Al-Quds » et rendre à l’Islam son prestige d’antan. Mais alors comment faire pour mettre un terme à cette faiblesse? La question se pose dans plus d’un cercle, aussi bien israélien qu’occidental. La réponse demeure toutefois insatisfaisante car les conséquences pourraient être graves non seulement pour Israël mais pour l’ensemble de la région voire de la planète.

En effet, dans cette réponse trois scénarios sont plausibles et tous les trois passent par le remplacement d’Ehud Olmert à la tête du gouvernement israélien :

Le premier se traduirait sans doute par l’arrivée au pouvoir de l’aile radicale de la société israélienne, représentée en partie par le Likoud et donc par Benjamin Netanyahu. La seconde, serait que l’actuel parti au pouvoir, Kadima, reste au pouvoir en substituant son chef, donc en remplaçant Olmert par un autre dont le charisme fera en sorte de sauvegarder l’honneur du parti sans pour autant permettre aux plus radicaux de reprendre le dessus. Le dernier cas de figure serait celui de l’arrivée des Travaillistes au pouvoir et donc d’Ehud Barak à la tête du gouvernement.

Sunday, August 10, 2008

La visite du président syrien en Iran, Prélude à un rôle nouveau?

Le Devoir
IDÉES, samedi, 9 août 2008, p. b5

La visite du président syrien en Iran
Prélude à un rôle nouveau?

Alain-Michel Ayache

À priori, la récente visite du président syrien Bachar al-Assad en Iran s'inscrit dans le cadre d'un exercice diplomatique annuel que ce dernier s'est habitué à faire depuis l'accession au pouvoir du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Or le fait qu'elle ait eu lieu la fin de semaine où l'ultimatum occidental, pour que l'Iran accepte de se plier aux exigences de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), venait (du moins théoriquement) à échéance la rend particulière, et pour cause: la dernière rencontre entre Assad et le président français Nicolas Sarkozy semble avoir donné lieu à un accord tacite entre les deux hommes.

En effet, tout porte à croire que le président français aurait promis un retour de la diplomatie syrienne à la table des grands au Proche et au Moyen-Orient, en échange de bons offices et de concessions de la part de Damas. Ce qui s'était traduit quelques jours après la rencontre au sommet de Paris par l'acceptation de Damas, pour la première fois depuis son indépendance, d'établir des représentations diplomatiques avec le Liban, le reconnaissant enfin comme un pays souverain à part entière.

Le second geste de Damas fut de lancer un signe «encourageant» - selon les commentaires de certains diplomates occidentaux - à l'égard d'Israël pour rétablir le dialogue afin d'aboutir à une paix durable. De plus, l'annonce faite à Paris par le président Sarkozy qu'Assad aurait demandé à Paris et à Washington d'intercéder auprès de Tel-Aviv pour reprendre les négociations prouve que Damas semble avoir finalement réussi à briser le mur d'isolement que l'administration Bush avait mis en place après l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, le 14 février 2005.

D'autres signes viennent s'ajouter à l'importance du rôle que les Occidentaux semblent de plus en plus vouloir octroyer à la Syrie, dont la médiation turque avec Israël pour la reprise des négociations de paix entre les deux parties, mais également les déclarations à Washington du vice-premier ministre israélien, Shaul Mofaz, sur la nécessité pour Israël «de poursuivre ses pourparlers de paix avec la Syrie sous médiation turque et sans condition préalable», laissant du coup une large marge de manoeuvre aux Syriens! Tout cela souligne les changements sur lesquels Damas table pour reprendre un rôle régional qui lui est dû, selon des observateurs arabes. D'ailleurs, la montée récente du pouvoir chiite appuyé par l'Iran dans l'ensemble des pays du Golfe, mais surtout au Liban, rend le rôle syrien indispensable pour créer une zone tampon entre les diplomaties arabes et perse. En effet, le fait que la Syrie, pays de l'arabité, soit l'alliée inconditionnelle de l'Iran et le passage obligé des armes iraniennes vers les combattants du Hezbollah la positionne comme un élément majeur à prendre en considération dans la politique de rétablissement d'un certain équilibre régional brisé depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003.

Par ailleurs, nul n'ignore le rôle que Damas joue auprès des mouvements terroristes et des islamistes du Hamas, en Irak contre les troupes américaines, au Liban avec le Hezbollah et même mondialement à travers l'aide logistique apportée à des groupements révolutionnaires et autres. Or cela a fini par lui donner plus de poids dans la défense de son rôle vis-à-vis des grandes puissances en général et de la France en particulier. Le résultat semble encourageant pour le président syrien, d'autant plus que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a annoncé il y a quelques semaines que le financement pour le tribunal international censé se pencher sur l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Hariri, duquel Damas est accusé, était limité dans le temps. En d'autres termes, le tribunal risque de ne pas voir le jour pour condamner les responsables syriens de l'assassinat ou, s'il est mis en place, sa «vie» ne sera que de quelques mois, deux ans au maximum! Ce qui fait dire à certains qu'une entente secrète aurait été conclue avec Damas pour lui donner encore du temps afin de prouver «sa bonne foi» en poussant son allié iranien à mettre son programme nucléaire aux oubliettes.

Ainsi, la dernière visite d'Assad en Iran ne serait, en principe, qu'un message occidental à livrer via la Syrie pour que Téhéran laisse l'option nucléaire de côté. Or cette politique de l'autruche que l'Occident semble de nouveau suivre ne fait que retarder une échéance certaine, celle qui mènera sans aucun doute la région dans son ensemble vers une guerre sans merci. Un affrontement qui finira par englober la planète en entier, car nul n'ignore l'importance stratégique des ressources naturelles de cette région et leurs effets sur les économies des grandes puissances en particulier. Ce qui fait dire à beaucoup que l'Iran ne changera rien dans sa politique actuelle, attendant les prochaines élections américaine et israélienne. Pour l'instant, toutes les tergiversations font gagner du temps à Téhéran et permettent à Damas de récupérer une place (de choix?!) sur la scène internationale. Dans les deux cas, «l'Axe du mal» semble le grand gagnant, du moins jusqu'à présent!

Alain-Michel Ayache : Spécialiste du Proche-Orient et du Moyen-Orient au département de science politique de l'UQAM©2008 Le Devoir. Tous droits réservés.
Numéro de document : news·20080809·LE·200870


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Thursday, August 7, 2008

L'humanitaire versus le terrorisme





L'humanitaire versus le terrorisme


Alain-Michel Ayache

Deux ans après, presque jour pour jour, le Hezbollah remet les corps des deux soldats israéliens qu'il avait kidnappés lors de son attaque par delà la ligne bleue, en territoire israélien. Une attaque qui avait été à l'origine de la « seconde guerre du Liban » de juillet 2006.

Aujourd'hui, les tractations entre le Hezbollah et Israël à travers la médiation allemande, a permis aux Israéliens de rapatrier enfin ces deux corps, en échange d'un grand gain pour le Hezbollah.

La « victoire » du Hezbollah

Pour la rue arabe en général et pour les Libanais en particulier, notamment les prosyriens, cet échange représente la plus grande victoire jusqu'à là achevée par une « résistance musulmane ». Et pour cause. Lors des 33 jours de combats entre le Hezbollah et Tsahal, Jerusalem cherchait à maintenir son image de force de dissuasion pour l'ensemble de ses ennemis. Or, voilà qu'une milice chiite, forte de quelques milliers de combattants, réussit à résister au mythe de l'armée la plus forte de la région, voire l'une des meilleures au monde.

Bien que le prix ait été lourd du côté du Hezbollah, même si officiellement ses chefs nient la perte de plusieurs centaines des leurs parmi les 1200 Libanais tués durant ces affrontement de 2006, et malgré que le Hezbollah n'ait pas réussi durant ces affrontements à interdire l'accès de Tsahal au territoire libanais comme il l'avait à maintes reprises annoncé à ses fidèles, il n'en demeure pas moins qu'Israël a échoué d'atteindre ses objectifs dont le premier, celui de libérer les deux soldats kidnappés. Quant aux armements du Hezbollah, il s'est reconstitué d'une manière encore plus rapide et plus efficace, et ce, même avec la présence de la FINUL censée l'interdire!

Nasrallah, « le héros de l'Islam »

En soi, le fait d'avoir réussi à bloquer les plans d'Israël, mais également à détruire un nombre considérable de ses chars d'assaut qui faisaient la terreur des pays arabes, était une grande victoire pour le Hezbollah au niveau de la rue arabe. De plus, l'image de marque de l'armée indestructible d'Israël avait fini par succomber à la détermination suicidaire des combattants du « Parti de dieu ».

Cela avait largement contribué à la popularité du Hezbollah et de son Secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah. On a vu en lui, le « sauveur » et le « véritable héros » que les leaders arabes n'avaient pas réussi depuis 60 ans à se donner ! Par ailleurs, fort d'une confiance en ses capacités et ses hommes, Sayyed Hassan Nasrallah cherchait à prouver au monde entier et au monde arabe et musulman en particulier, qu'il était un homme de parole. Il leur avait promis la libération des « otages » libanais en Israël, ces prisonniers de guerre qu'Israël avait capturés durant les actions terroristes contre son territoire ou lors de la « Seconde guerre du Liban ». Aujourd'hui, il vient de prouver qu'il respectait sa parole et qu'il agissait en conséquence, ce qui lui vaut du coup une image encore plus solide d' « l'homme intègre » et de « l'héros de l'Islam »…

« Chose promise, chose due ! »

Le fait d'avoir réussi à obliger en quelque sorte Israël à libérer l'ensemble des détenus libanais et de rendre les corps de plusieurs dizaines de combattants arabes et libanais tués durant les nombreux affrontements que vit cette région du monde, est considéré comme un autre coup de massue contre Olmert! Car, Nasrallah avait à maintes reprises déclaré que sa milice resterait armée jusqu'à ce que le dernier otage libanais soit libéré des prisons israéliennes, mais également que les Fermes de Chebaa le soient de même.

En d'autres termes, cela voudrait dire que les armes du Hezbollah demeureront présentes tant et aussi longtemps que ces fermes n'auront pas été remises au Liban, alors qu'officiellement, selon les Nations Unies, la résolution du Conseil de Sécurité 425 qui concernait le retrait de l'occupation du territoire libanais par Tsahal avait été accompli en mai 2000 lors du retrait officiel du dernier soldat israélien. Ce que le Hezbollah refuse de reconnaître tant que ces fermes sont encore occupées, alors qu'en réalité elles l'ont été par Israël durant la guerre de 67 après avoir chassé l'armée syrienne qui s'y trouvait!

Le geste d'Israël et ses répercussions

Pour de nombreux observateurs, Israël ne pouvait plus ignorer son opinion publique et notamment les appels des familles de ces deux soldats. Pour un pays démocratique comme Israël, le gouvernement n'avait plus le choix que d'accepter les demandes des familles et de s'incliner en quelque sorte devant l'humanitaire, en mettant de côté le militaire.

Or, ce geste, s'il est considéré par la majorité de la population comme étant noble et une continuité dans la tradition juive israélienne de ne point laisser derrière, des corps des siens ou des prisonniers de guerre, il n'en demeure pas moins que cela est interprété comme un précédent dangereux par plusieurs. En effet, le fait qu'Israël s'incline devant les demandes du Hezbollah constitue une première car un message erroné serait envoyé du coup à l'ensemble des ennemis de l'État hébreu pour les encourager à entreprendre des actions similaires sachant qu'Israël finira par privilégier l'humanitaire sur le militaire! Cela pourrait affecter la libération du soldat Guilad Shalit actuellement détenu par le Hamas depuis également 2006, juste avant la Seconde guerre du Liban. L'échange ne pourrait être qu'encourageant pour le Hamas et l'inciter à monter les enchères encore plus, dans l'espoir d'augmenter ses gains à l'Instar du Hezbollah…

Ainsi, la libération a sans aucun doute apporté un prestige sans précédant au Hezbollah, ce qui consolide encore plus son pouvoir au Liban, notamment après son succès militaro-politique face au gouvernement pro-occidental…

La question principale sera alors celle de savoir si l'Occident et Israël se voient désormais forcés d'adopter une Realpolitik vis-à-vis du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran faute d'alternatives viables, et ce, pour éviter toute escalade militaire dans la région sur un fond de crise économique sans précédant aux États-Unis!

Sunday, July 20, 2008

Le "souhait" syrien à prendre avec des pincettes!

Le Droit
Actualités, samedi, 19 juillet 2008, p. 25

Le "souhait" syrien
à prendre avec des pincettes !

Pour un novice en relations internationales, le "souhait" du Président syrien, Bachar al-Assad, exprimé cette semaine à Paris, de voir "la France et les États-Unis intercéder" auprès d'Israël pour la reprise officielle des pourparlers de paix entre Damas et Tel-Aviv, paraîtrait comme un "assagissement" et une nouvelle page dans l'histoire du Proche-Orient ! Or, à bien analyser les donnes de la région, un "initié" aux tactiques "assadiennes" laissées en héritage par feu Hafez al-Assad, alias "le Bismarck du Moyen-Orient", à son fils Bachar, démontrent le machiavélisme d'un chef d'État qui tente le tout pour le tout au moment où l'Occident pointe du doigt l'autre "danger", l'Iran.

En effet, cette demande est loin d'être innocente. L'expliquer revient avant tout à démontrer la volonté de Damas de mettre fin au boycott occidental qui la touche dans la région, pour regagner sa place à la table des négociations ; cette place que Damas a perdue avec l'assassinat de l'ex-premier ministre du Liban, Rafic Hariri, en 2005 ainsi que les multiples assassinats politiques dont sont responsables selon toute vraisemblance ses services secrets et plus particulièrement Assef Chaoukat, le beau-frère du Président syrien. Ce faisant, Assad éloigne du coup le spectre du tribunal international qui pointe à l'horizon et cherche à faire la lumière sur ces assassinats.

Mensonge

Or, encouragé par les derniers succès politiques du Hezbollah tant au Liban que face à Israël - notamment dans le dossier de l'échange des prisonniers libanais contre les corps des soldats de Tsahal, kidnappés et tués par la milice pro-iranienne - le président syrien tente de se faire entendre en multipliant les signes de "bonne volonté". Toutefois, s'il est vrai que le Hezbollah contrôle maintenant le Liban face aux pro-occidentaux, il n'en demeure pas moins que c'est davantage l'Iran qui détient jusqu'aujourd'hui la principale clef dès lors qu'il s'agit de convaincre le Hezbollah de faire preuve de retenue ou non. Consciente de cette réalité telle que perçue par l'Occident, Damas, tente coûte que coûte de la changer, en démontrant qu'il ne faut point la considérer comme n'étant qu'un simple passage pour les armes et munitions qui transitent de l'Iran vers le "Parti de dieu".

Cette tentative de changement de "l'image de marque" de Damas explique, selon certains observateurs arabes l'assassinat du responsable militaire du Hezbollah, Imad Moghnieh, à qui on attribue des multiples assassinats et attentats anti-américains et anti-israéliens et qui était qualifié de terroriste le plus recherché par les États-Unis. Or, son assassinat à Damas, ne pouvait être, selon ces mêmes observateurs arabes, que le travail des mêmes services secrets syriens responsables de la série d'assassinats de politiciens et journalistes libanais anti-syriens. D'autres iront jusqu'à dire que pour ce dossier en particulier et pour rapprocher le point de vue syrien de celui des Américains, les services secrets jordaniens s'étaient alliés à cette partie "de chasse au terroriste"... à Damas !

Aujourd'hui, s'il est question de pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv, Israël ne semble pas prêt à sacrifier sa sécurité et remettre le Golan aux Syriens pour une paix illusoire et d'autant plus fragile, tant et aussi longtemps que Damas ne ferme pas les bureaux de Hamas à Damas et chasse du pays Khaled Mechaal, le leader palestinien de Hamas responsable des actions terroristes contre Israël. De même, tant et aussi longtemps que le Hezbollah est aidé par Damas et ses cadres et ses armements transitant via la Syrie, le Nord d'Israël demeurera sous la menace du Hezbollah et de l'Iran.

Mais alors de quelle paix parle le Président syrien ? Le "souhait" syrien paraît alors un leurre pour acheter du temps tout en misant sur le changement dans la politique américaine à venir avec le nouveau président. Pis, Damas mise sur l'arrivée de Barak Obama au pouvoir, d'autant plus que durant les primaires, le candidat démocrate avait lancé des signes interprétés par Damas comme lui étant favorables, brisant du coup un boycott de l'actuelle administration américaine et ouvrant de nouvelles possibilités au Président syrien.

Ainsi, Damas tentera d'augmenter ses chances en présentant un nouveau visage, celui d'un État voulant enterrer la haine et le passé douloureux. Cette nouvelle page aurait commencé avec l'acceptation récente d'établir des représentations diplomatiques entre la Syrie et le Liban, ce qui est en quelque sorte une reconnaissance de la pleine souveraineté du Liban, chose que Damas n'avait jamais accepté de faire depuis son indépendance totale de la France en 1946. Or, l'établissement des représentations diplomatiques ne peut en aucun cas à lui seul être suffisant pour faire confiance à l'actuel régime syrien. À cela s'ajoute l'alliance entre Téhéran et Damas qui rend les choses encore plus compliquées non seulement pour Israël mais surtout pour l'Occident en général et les États-Unis en particulier. En effet, dans un scénario de guerre contre l'Iran, quel serait le rôle de Damas, sachant que les armes qui parviennent au quotidien au Hezbollah transitent par le territoire syrien ? Est-ce que Damas se risquerait contre le Hezbollah pour le miner de l'intérieur et l'affaiblir quitte à gagner la confiance de l'Occident ? Qui de ses alliés au sein du nouveau gouvernement libanais, lesquels disposent d'un droit de veto capable de bloquer à tout moment les institutions du pays ? Et le dossier irakien dans tout cela et l'interférence de Damas qui envoi des combattants islamistes pour défier les Américains et contribuer avec l'Iran par islamistes interposés à miner la stabilité de ce pays ?

Entre craintes et espoir

Les réponses ne peuvent guère être rassurantes peu importe les stratégies verbales déployées à cet effet par le Président syrien à Paris. Seul un changement drastique de 180 degrés de la politique syrienne pourrait aboutir à une paix véritable dans la région. En d'autres termes, cela équivaudrait à la fin du régime syrien actuel. Or, avec l'impossibilité pour l'Occident de trouver une alternative à ce gouvernement et avec le grand échec américain en Irak, l'Occident et notamment Washington et Paris, risqueront-ils de déstabiliser la Syrie et aboutir à un scénario catastrophe similaire à celui de l'Irak qui engloberait le Liban et Israël ? Tout tend à croire que si la Syrie avance des signes encourageants, c'est davantage pour justifier une position occidentale pour entamer un semblant de reconnaissance d'une Syrie sur un fond de branle-bas de combat en gestation contre l'Iran. La paix semblerait alors plus fragile que jamais !

Alain-Michel Ayache,

spécialiste du Proche et Moyen-Orient

Département de Science politique

Université du Québec à Montréal (UQÀM)

Illustration(s) :

AP
Le président syrien, Bachar al-Assad rencontrait le 12 juillet dernier le président français, Nicolas Sarkozy.

© 2008 Le Droit. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080719·LT·0064

Thursday, July 17, 2008

L'humanitaire versus «le terrorisme»!

Cyberpresse

Le jeudi 17 juil 2008

LE SOLEIL - ANALYSE

L'humanitaire versus «le terrorisme»!

Alain-Michel Ayache
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient
Département de Science politique
Université du Québec à Montréal

Deux ans après, presque jour pour jour, le Hezbollah remet les corps des deux soldats israéliens qu'il avait kidnappés lors de son attaque par delà la ligne bleue, en territoire israélien. Une attaque qui avait été à l'origine de la «seconde guerre du Liban» de juillet 2006.

Aujourd'hui, les tractations entre le Hezbollah et Israël à travers la médiation allemande, a permis aux Israéliens de rapatrier enfin ces deux corps, en échange d'un grand gain pour le Hezbollah.

La «victoire» du Hezbollah

Pour la rue arabe en général et pour les Libanais en particulier, notamment les prosyriens, cet échange représente la plus grande victoire jusqu'à là achevée par une «résistance musulmane». Et pour cause. Lors des 33 jours de combats entre le Hezbollah et Tsahal, Tel-Aviv cherchait à maintenir son image de force de dissuasion pour l'ensemble de ses ennemis. Or, voilà qu'une milice chiite, forte de quelques milliers de combattants, réussit à résister au mythe de l'armée la plus forte de la région, voire l'une des meilleures au monde.

Bien que le prix ait été lourd du côté du Hezbollah, même si officiellement ses chefs nient la perte de plusieurs centaines des leurs parmi les 1200 Libanais tués durant ces affrontement de 2006, et malgré que le Hezbollah n'ait pas réussi durant ces affrontements à interdire l'accès de Tsahal au territoire libanais comme il l'avait à maintes reprises annoncé à ses fidèles, il n'en demeure pas moins qu'Israël a échoué d'atteindre ses objectifs dont le premier, celui de libérer les deux soldats kidnappés. Quant aux armements du Hezbollah, il s'est reconstitué d'une manière encore plus rapide et plus efficace, et ce, même avec la présence de la FINUL censée l'interdire!

Nasrallah, «le héros de l'Islam»

En soi, le fait d'avoir réussi à bloquer les plans d'Israël, mais également à détruire un nombre considérable de ses chars d'assaut qui faisaient la terreur des pays arabes, était une grande victoire pour le Hezbollah au niveau de la rue arabe. De plus, l'image de marque de l'armée indestructible d'Israël avait fini par succomber à la détermination suicidaire des combattants du «Parti de dieu».

Cela avait largement contribué à la popularité du Hezbollah et de son Secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah. On a vu en lui, le «sauveur» et le «véritable héros» que les leaders arabes n'avaient pas réussi depuis 60 ans à se donner ! Par ailleurs, fort d'une confiance en ses capacités et ses hommes, Sayyed Hassan Nasrallah cherchait à prouver au monde entier et au monde arabe et musulman en particulier, qu'il était un homme de parole. Il leur avait promis la libération des «otages» libanais en Israël, ces prisonniers de guerre qu'Israël avait capturés durant les actions terroristes contre son territoire ou lors de la «Seconde guerre du Liban». Aujourd'hui, il vient de prouver qu'il respectait sa parole et qu'il agissait en conséquence, ce qui lui vaut du coup une image encore plus solide d'«l'homme intègre» et de «l'héros de l'Islam»…

«Chose promise, chose due !»

Le fait d'avoir réussi à obliger en quelque sorte Israël à libérer l'ensemble des détenus libanais et de rendre les corps de plusieurs dizaines de combattants arabes et libanais tués durant les nombreux affrontements que vit cette région du monde, est considéré comme un autre coup de massue contre Olmert! Car Nasrallah avait à maintes reprises déclaré que sa milice resterait armée jusqu'à ce que le dernier otage libanais soit libéré des prisons israéliennes, mais également que les Fermes de Chebaa le soient de même.

En d'autres termes, cela voudrait dire que les armes du Hezbollah demeureront présentes tant et aussi longtemps que ces fermes n'auront pas été remises au Liban, alors qu'officiellement, selon les Nations Unies, la résolution du Conseil de Sécurité 425 qui concernait le retrait de l'occupation du territoire libanais par Tsahal avait été accompli en mai 2000 lors du retrait officiel du dernier soldat israélien. Ce que le Hezbollah refuse de reconnaître tant que ces fermes sont encore occupées, alors qu'en réalité elles l'ont été par Israël durant la guerre de 67 après avoir chassé l'armée syrienne qui s'y trouvait!

Le geste d'Israël et ses répercussions

Pour de nombreux observateurs, Israël ne pouvait plus ignorer son opinion publique et notamment les appels des familles de ces deux soldats. Pour un pays démocratique comme Israël, le gouvernement n'avait plus le choix que d'accepter les demandes des familles et de s'incliner en quelque sorte devant l'humanitaire, en mettant de côté le militaire.

Or, ce geste, s'il est considéré par la majorité de la population comme étant noble et une continuité dans la tradition juive israélienne de ne point laisser derrière, des corps des siens ou des prisonniers de guerre, il n'en demeure pas moins que cela est interprété comme un précédent dangereux par plusieurs. En effet, le fait qu'Israël s'incline devant les demandes du Hezbollah constitue une première car un message erroné serait envoyé du coup à l'ensemble des ennemis de l'État hébreu pour les encourager à entreprendre des actions similaires sachant qu'Israël finira par privilégier l'humanitaire sur le militaire! Cela pourrait affecter la libération du soldat Guilad Shalit actuellement détenu par le Hamas depuis également 2006, juste avant la Seconde guerre du Liban. L'échange d'aujourd'hui ne pourrait être qu'encourageant pour le Hamas et l'inciter à monter les enchères encore plus, dans l'espoir d'augmenter ses gains à l'Instar du Hezbollah…

Ainsi, la libération d'aujourd'hui a sans aucun doute apporté un prestige sans précédant au Hezbollah, ce qui consolide encore plus son pouvoir au Liban, notamment après son succès militaro-politique face au gouvernement pro-occidental… La question principale sera alors celle de savoir si l'Occident et Israël se voient désormais forcés d'adopter une Realpolitik vis-à-vis du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran faute d'alternatives viables, et ce, pour éviter toute escalade militaire dans la région sur un fond de crise économique sans précédent aux États-Unis!

Thursday, June 26, 2008

Kissinger à Montréal



Kissinger à Montréal

Alain-Michel Ayache

À 85 ans, l’ancien Secrétaire d’État américain, Henry Kissinger, n’a pas manqué d’impressionner les quelques huit cents convives—ou dois-je dire privilégiés—qui ont assisté à son allocution dans le cadre de la quatorzième édition du Forum économique des Amériques, de la Conférence de Montréal au Hilton Bonaventure.

S’il n’a été question de critiquer la politique étrangère américaine actuelle, la question des présidentielles, elle, était toute posée dans son discours et avait une place de choix dans la détermination de la suite à donner au cheminement des politiques à venir. En effet, quel que soit le prochain Président des États-Unis, il aura la lourde tâche de mener à bien ce qui fera des États-Unis un pays aimé ou détesté par notamment le Tiers Monde.

Cette constatation réside dans le fait que souvent la politique américaine est basée sur la défense unique des intérêts des États-Unis et ne prend que rarement en considération ceux des pays tiers concernés par une même problématique. Or, le défi du prochain président américain sera de retrouver une certaine nouveauté dans la continuité.

Une continuité dans la politique étrangére

Continuité, car la politique étrangère américaine en est une malgré le changement d’Administration. En fait, ce qui change sont souvent les priorités et surtout les tactiques adoptées pour la mise en place des politiques choisies par les différentes administrations et équipes présidentielles. D’ailleurs, Henry Kissinger souligne clairement la nécessité pour les différents partis politiques de se concentrer plus sur les raisons de leurs politiques et orienter le débat autour de choix de la tactique à adopter; les premières étant les plus importantes pour la détermination d’une politique étrangère américaine qui ne varie que sur les formes alors que le fond demeure le même de par le choix de la tactique!

Le monde tel que vu par Kissinger

Et lorsqu’il s’agit de définir le monde dans lequel nous vivons, l’ancien Secrétaire d’État choisit de le faire à travers la définition du concept de la « Souveraineté » et de son effet sur les politiques des différents pays. Ainsi, le monde fait face à des problèmes qui sont similaires à travers certains angles et opposés à travers d’autres. Il serait principalement réparti en trois catégories distinctes laissant de côté les États-Unis qui sont considérés comme une partie à part entière.

La première étant formée par les pays européens qui ont choisi de déléguer une bonne partie de leur souveraineté à un ensemble dit Union Européenne. En choisissant de le faire, ils ont amoindri toute prise de décision unilatérale et ont plus adopté une sorte de « politique douce » (Soft Policy). L’exemple avancé est celui de la Chancelière allemande qui pour prendre une décision d’envoyer des troupes en Afghanistan, elle choisirait de le faire d’une façon prudente car sa décision affecterait l’ensemble des autres pays de l’Union qui n’auraient pas nécessairement la même approche ou la même décision pour une telle politique de déploiement. Alors que les États-Unis le feraient sans hésiter vu que le processus décisionnel est concentré selon la tradition classique des relations internationales et du concept de souveraineté par Washington.

La seconde partie qui constitue le monde d’aujourd’hui, est celle qui comprend les pays du Moyen-Orient, où le concept d’État souverain n’est presque pas existant dans le sens que l’existence de ces pays est récente et date de Sykes-Picot. Une souveraineté qui leur a été offerte par les puissances coloniales de l’époque alors qu’ils représentaient des provinces ottomanes dont chacune était souvent caractérisée par son homogénéité ethnique. Par exemple l’Irak, selon les termes de Kissinger, représentait trois provinces ottomanes indépendantes l’une de l’autre. Lorsque l’Irak était formé, les puissances mandataires n’avaient pas pris en considération les différences ethniques qui les séparaient. D’où l’incompatibilité avec le concept de l’État nation cher à l’Occident et par définition à la souveraineté. Ainsi, les États du Moyen-Orient seraient en maque de structuration démocratique car le concept de démocratie est presque inexistant pour eux. Ce qui explique entre autres les problèmes et les violences interethniques actuelles dans ces pays là.

La dernière partie étant celle des pays de l’Asie, où le concept de Souveraineté est complètement structuré.

Les défis du prochain Président des États-Unis

Ainsi divisé, le monde d’aujourd’hui soulève un nouveau défi, celui de la compatibilité des États, mais également un défi de taille pour les États-Unis pour la sauvegarde de ses positions … Inutile alors de se positionner en adversaire de la Chine comme le clament certains. Au contraire, faire valoir la coopération internationale et le libre marché garantira plus la stabilité au lieu de se lancer à tort dans une nouvelle guerre froide où cette fois-ci la Chine remplacera l’URSS.

Le second défi pour les États-Unis et notamment pour le prochain président est concentré dans le danger qui guète le monde actuel. Henry Kissinger est clair dessus. Il s’agit de l’Islam radical. Ainsi, retirer les troupes américaines de l’Irak ou celle de l’OTAN de l’Afghanistan équivaudrait à transmettre un message aux islamistes partout dans le monde de la faiblesse de l’Occident. Le résultat serait alors grave pour l’ensemble des pays pris par la tourmente islamiste et pour l’Occident également. En effet, pour les premiers les radicaux gagneraient plus de terrains dans les différents pays où ils se trouvent d’autant plus que leurs actions et leurs messages transcendent les frontières des États qu’ils ne reconnaissent point comme tels. Cela aura pour résultat de pousser une population pauvre et désorientée dans le giron de l’Islamisme et tous les efforts entrepris par l’Occident auraient été alors en vain, puisque l’Islamisme aurait triomphé du concept de Souveraineté et de démocratie que l’Occident essaye de mettre en place.

Ainsi, il ne faudrait pas poser le débat autour de la politique étrangère américaine sur le retrait des troupes ou sur le calendrier du retrait, comme c’est le cas aujourd’hui, mais plus sur la façon de combattre le radicalisme. Dans une région comme celle du Moyen-Orient où on note aujourd’hui l’émergence d’un nouvel ordre étatique qui rejette le concept de souveraineté des États comme défini habituellement en Occident, il devient important à Washington notamment de trouver de nouvelles idées créatrices capables de sortir l’Irak de la crise.

L’Avenir de la région sera alors déterminé par les idées politiques nouvelles capables de maintenir la région dans une stabilité tout en réduisant le risque du radicalisme islamique. Pour Kissinger, le problème palestinien n’est autre qu’une question de frontières d’un État qu’il appartient de fonder… alors que l’Islam radical est plus dangereux et se nourrit de ses propres forces, d’où la nécessité de réduire ses forces.

« If there is a problem, there is a solution! »

Et quel que soit le problème, il y a toujours une solution. Et la vision pour trouver ces solutions doit toujours être considérée d’une manière globale.

Bien entendu, à relire de nouveau entre les lignes les paroles du Docteur Henry Kissinger, l’on se rend compte que le réalisme dont il a toujours su user dans sa politique de « petits pas » le place encore une fois comme une référence à ne point prendre à la légère, malgré ses nombreuses années de service et de son âge avancé. Il demeure aujourd’hui le porte-flambeau d’une politique étrangère américaine mettant plus l’accent sur le concept de « stabilité » et de l’équilibre des forces, que sur celui d’hégémonie. Pour Kissinger, le réalisme prévaut toujours sur l’idéal et demeure le meilleur moyen de maintenir une stabilité.

Monday, June 16, 2008

Le monde selon Henry Kissinger



Le Droit
Actualités,
lundi, 16 juin 2008, p. 17


Le monde selon Henry Kissinger

À 85 ans, l'ancien secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, n'a pas manqué d'impressionner les 800 privilégiés qui ont assisté à son allocution dans le cadre de la 14e édition du Forum économique des Amériques, de la Conférence de Montréal.S'il n'a pas été question de critiquer la politique étrangère américaine actuelle, la question des présidentielles, elle, était toute posée dans son discours et avait une place de choix dans la détermination de la suite à donner au cheminement des politiques à venir. En effet, quel que soit le prochain président des États-Unis, il aura la lourde tâche de mener à bien ce qui fera des États-Unis un pays aimé ou détesté par notamment le Tiers Monde.

Cette constatation réside dans le fait que souvent la politique américaine est basée sur la défense unique des intérêts des États-Unis et ne prend que rarement en considération ceux des pays tiers. Or, le défi du prochain président sera de retrouver une certaine nouveauté dans la continuité.Continuité, car la politique étrangère américaine en est une malgré le changement d'Administration. En fait, ce qui change sont souvent les priorités et surtout les tactiques. D'ailleurs, Henry Kissinger souligne clairement la nécessité pour les différents partis politiques de se concentrer plus sur les raisons de leurs politiques et orienter le débat autour de choix de la tactique à adopter.

Le monde en catégories


Et lorsqu'il s'agit de définir le monde dans lequel nous vivons, l'ancien Secrétaire d'État choisit de le faire à travers la définition du concept de la "souveraineté" et de son effet sur les politiques des différents pays. Ainsi, le monde fait face à des problèmes qui sont similaires à travers certains angles et opposés à travers d'autres. Il serait principalement réparti en trois catégories distinctes laissant de côté les États-Unis qui sont considérés comme une partie à part entière.

La première étant formée par les pays européens qui ont choisi de déléguer une bonne partie de leur souveraineté à un ensemble dit "Union européenne". Ils ont ainsi amoindri toute prise de décision unilatérale et adopté une sorte de "politique douce" ("soft policy"). L'exemple avancé est celui de la chancelière allemande Angela Merkel qui, pour prendre une décision d'envoyer des troupes en Afghanistan, choisirait de le faire d'une façon prudente car sa décision affecterait l'ensemble des autres pays de l'Union. Alors que les États-Unis le feraient sans hésiter vu que le processus décisionnel est concentré selon la tradition classique des relations internationales et du concept de souveraineté par Washington.

La seconde partie du monde comprend les pays du Moyen-Orient, où le concept d'État souverain n'est presque pas existant dans le sens que l'existence de ces pays est récente. Une souveraineté qui leur a été offerte par les puissances coloniales de l'époque alors qu'ils représentaient des provinces ottomanes dont chacune était souvent caractérisée par son homogénéité ethnique. Par exemple l'Irak, selon les termes de Kissinger, représentait trois provinces ottomanes indépendantes l'une de l'autre. Lorsque l'Irak a été formé, les puissances mandataires n'avaient pas pris en considération les différences ethniques qui les séparaient. D'où l'incompatibilité avec le concept de l'État-nation cher à l'Occident et par définition à la souveraineté.

La troisième partie est celle des pays de l'Asie, où le concept de souveraineté est complètement structuré.

Les défis du prochain


Ainsi divisé, le monde d'aujourd'hui soulève un nouveau défi, celui de la compatibilité des États, mais également un défi de taille pour les États-Unis pour la sauvegarde de ses positions... Inutile alors de se positionner en adversaire de la Chine comme le clament certains. Au contraire, faire valoir la coopération internationale et le libre-marché garantira plus la stabilité au lieu de se lancer à tort dans une nouvelle guerre froide où la Chine remplacerait l'Union soviétique.

Le second défi pour les États-Unis est concentré dans le danger qui guette le monde actuel, l'Islam radical. Ainsi, retirer les troupes américaines de l'Irak ou celle de l'OTAN de l'Afghanistan équivaudrait à transmettre un message de la faiblesse de l'Occident. Cela pousserait une population pauvre et désorientée dans le giron de l'Islamisme et tous les efforts entrepris par l'Occident pour mettre en place souveraineté et démocratie auraient été alors en vain.

Ainsi, il ne faudrait pas poser le débat autour de la politique étrangère américaine sur le retrait des troupes ou sur le calendrier du retrait, mais sur la façon de combattre le radicalisme.

Pour le Moyen-Orient, il devient important pour Washington de trouver de nouvelles idées capables de sortir l'Irak de la crise. Ces idées nouvelles capables pourraient maintenir la stabilité de la région tout en réduisant le risque du radicalisme islamique. Pour Kissinger, le problème palestinien n'est autre qu'une question de frontières d'un État qu'il appartient de fonder... alors que l'Islam radical est plus dangereux et se nourrit de ses propres forces, d'où la nécessité de réduire ses forces.

Le réalisme dont Henry Kissinger il a toujours su user dans sa politique de "petits pas" le place encore une fois comme une référence à ne point prendre à la légère. Il demeure aujourd'hui le porte-flambeau d'une politique étrangère américaine mettant plus l'accent sur le concept de "stabilité" et de l'équilibre des forces, que sur celui hégémonique des néo-conservateurs. Ces derniers, bien qu'ils aient entrepris des actions justes avec des intentions louables pour certains, sont toutefois tombés dans l'erreur de la sauvegarde de la paix devenue piège meurtrier. Alors que dans le cas de Kissinger, le réalisme prévaut toujours sur l'idéal et demeure le meilleur moyen de maintenir une stabilité.

Alain-Michel Ayache,
Département de Science politique,

Université du Québec à Montréal

Illustration(s) : La Presse Canadienne
L'ancien secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, lors de son passage au Forum économique International des Amériques mercredi dernier.© 2008 Le Droit.
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Thursday, June 12, 2008

La politique étrangère du Québec: un passage obligé





La politique étrangère du Québec: un passage obligé

Alain-Michel Ayache

Il y a quelques années, je me battais encore pour l’indépendance du Québec car j’y croyais… Je croyais et crois toujours que le Québec est une nation distincte et qu’elle mérite d’avoir son propre pays… Mais aujourd’hui je me pose de sérieuses questions sur la nature même d’un tel État québécois lorsqu’il s’agit de mettre de l’avant sa politique étrangère, et pour cause !

Pour qu’un « néo-Québécois » comme moi puisse admettre de se rendre à l’urne et déposer son bulletin de vote donnant accès à l’indépendance du Québec, il lui faudra plus qu’une promesse politique ou simplement des discours d’une « politique-politicienne ». Il lui faut sa place à part entière dans la société québécoise… Or, il se trouve que le Québec vit un grave problème d’identité, du moins dans la recherche des valeurs qui définissent sa société. Comment être Québécois et en même temps être fermé quant à l’acceptation de l’autre dans sa différence? Comment accepter l’autre lorsque l’on méconnaît son histoire, ses traditions et par-dessus tout la politique du pays duquel l’autre est originaire?

Nul ne conteste la difficulté de cette tâche surtout après le triste souvenir de la tragédie des attentats terroristes du 11 septembre 2001. Mais le problème réside plus dans la manière dont les politiciens québécois ou dois-je dire leurs assistants leur rapportent la réalité revue et corrigée selon les angles qui leur convient… Ce ne sont pas les exemples qui manquent, mais avant de traiter de cette question, je me permets de mettre à l’examen certains constats dont j’espère que cette tribune permettra d’y apporter un début de réponse si ce n’est un débat constructif pour le bien de la société québécoise d’aujourd’hui dans toutes ses composantes.

Avoir une réelle politique étrangére

Tout d’abord, assumer une politique étrangère indépendante du Canada est un devoir sacré, mais à la seule condition que ladite politique étrangère du Québec soit basée sur une approche logique et surtout justifiée tant au niveau humanitaire (thème favori des Québécois) qu’économique (cher au milieu financier). Ensuite, il faudra que l’implication du Québec au niveau international—du moins au niveau de la compréhension des enjeux actuels qui secouent la planète—soit plus solide. Certes les limitations constitutionnelles actuelles et le déficit du Québec ne permettent peut-être pas pour l’instant d’avoir des services gouvernementaux plus fonctionnels, capables d’analyser la réalité qui prévaut dans certains pays.

Or, il se trouve que le Québec ou dois-je dire les gouvernements successifs oublient souvent que ces services peuvent être détournés s’ils prenaient en considération le rôle que les communautés culturelles peuvent jouer dans ce contexte précisément. En effet, ces dernières peuvent largement contribuer à la formulation d’une politique étrangère plus équilibrée et basée sur la compréhension objective des causes et effets des crises internationales, de par le fait qu’elles comprennent les enjeux qui secouent leurs pays d’origine.

Malheureusement, cette vérité est propre à tous les partis politiques du Québec. Combien de fois avez-vous vu une approche gouvernement-communautés culturelles basée sur un échange réel avec les différentes facettes de ces communautés sans que ce soit une période d’élections?

Mieux connaître ses concitoyens

Avoir une politique étrangère, commence avant tout chez soi en acceptant l’autre dans sa différence mais surtout par le comprendre, apprendre son histoire, ses traditions, noter ses besoins et essayer par-dessus tout de lui tendre la main pour qu’il puisse s’intégrer dans notre société québécoise au visage changeant.


La politique étrangère, elle, doit refléter cette approche et cette compréhension de l’autre. Ce faisant, l’établissement d’un contact avec le pays d’origine est alors facilité plus par cet échange qui commence chez soi. Combien de régimes oppriment leurs citoyens qui se retrouvent réfugiés au Québec qu’ils adoptent comme leur nouvelle patrie? Quelle est—et sera—la « politique » du Québec vis-à-vis de ces pays? Et si demain il y avait une guerre qui opposait un Québec indépendant à ces régimes? Comment sécuriser l’allégeance des natifs de ces pays?

Or, à voir de plus près les « politiques » du gouvernements québécois vis-à-vis de certains de ces régimes, l’on se demande alors si le Québec est assez « mature » pour assumer une lourde tâche, celle de mener seul sa politique étrangère ou tout simplement, devenir indépendant. Considérons à titre d’exemple, la Francophonie. C’est l’une des voies des plus bénéfiques de consolider ses assises sur la scène mondiale. Et voilà qu’au lieu que Québec ne mette les bouchées doubles pour établir des antennes plus permanentes et plus solides et investir plus dans ses relations avec ces pays, il se limite en choisissant quelques pays ici et là ou d’envoyer des « Délégués itinérants » au lieu de mettre en place des délégations culturelles pour commencer… puis commerciales par la suite. Combien de marchés francophones ne sont pas couverts par le Québec alors que d’autres pays francophones et non des moindres y sont présents?

Une « politique » internationale appropriée

Quant à la « politique-politicienne » en relations internationales, n’est-il pas préférable d’en avoir une qui soit en complète harmonie avec les valeurs du Québec, si l’on prend en considération que c’est l’humain qui l’emporte ? Dans ce cas, comment expliquer que Québec n’ait pas encore pleinement établi une Délégation à part entière dans le seul pays, pilier de la Francophonie au Proche et Moyen-Orient : Le Liban? Pourquoi l’agent responsable de l’immigration ou la sélection des immigrants se trouve à Damas, capitale actuelle du terrorisme mondial? Pourquoi ne pas transférer ses services à Beyrouth, capitale francophone du Levant? N’est-il pas un geste de « reconnaissance officielle » de la souveraineté libanaise par le Québec? Même si c’est au fédéral qu’incombe la tâche de la représentation politique étrangère, il appartient au Québec aujourd’hui de faire la preuve de maturité en matière de jugement de situation et de re-localiser ses services d’immigrations ou de sélection des immigrants à Beyrouth même, du moins pour les services destinés au Libanais. Pour cela, il n’a pas à avoir la « bénédiction » du fédéral ! Qu’attend-t-il alors ?

Par ailleurs, lorsque l’on parle des problèmes du Proche et Moyen-Orient, l’on trouve toujours le Québec du côté « de l’opprimé ». Ce qui est excellent… mais à la condition que l’on puisse réellement identifier qui est l’opprimé ou la victime dans certains cas. Certes, le Proche et Moyen-Orient ne sont pas aussi faciles à comprendre, mais lorsqu’une Nation se veut indépendante, il lui appartient de regarder les deux côtés de la médaille tout en se dissociant de la problématique étrangère… Ce faisant, elle pourra alors avoir un regard plus équilibré et moins biaisé, basé sur une analyse concrète et objective. Ce qui ne semble pas le cas actuellement…!

Bref, lorsque l’on décide de fonder un pays, l’on est dans l’obligation de définir sa position sur la scène internationale, non seulement en matière d’environnement qui est, certes, une cause sacrée. Il s’agit avant tout de faire la preuve d’une compréhension tous azimuts de l’autre aussi bien à l’intérieur des frontières du Québec qu’à l’extérieur. Ce n’est qu’en comprenant les réalités qui secouent le monde actuel et en ayant le budget nécessaire pour former la machine gouvernementale à ces problématiques pour donner l’heure juste et objective, que le Québec pourra espérer être prêt pour franchir le pas vers une indépendance totale !

Thursday, May 29, 2008

Liban : Les défis du nouveau Président





Liban : Les défis du nouveau Président

Alain-Michel Ayache


118 votes pour contre 9 abstentions. C’est le total de voix que le Commandant en chef de l’armée libanaise, le général Michel Suleiman eut pour devenir le douzième Président de la République libanaise depuis l’indépendance.

Cette élection pour la forme vient confirmer l’entente entre les différents belligérants libanais qui a eu lieu à Doha à Qatar sous les auspices de l’Émir de ce petit pays du Golfe. En soi, cette percée politico-diplomatique du Qatar est une première dans la région, puisqu’elle vient supplanter celles traditionnelles de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, mais également de la Syrie. En effet, en prenant à sa charge la réconciliation entre les différentes parties libanaises, Doha vient de présenter un visage neutre dans la région et une nouvelle ère pour la diplomatie arabe, loin des bras de fer interarabes habituels.

Une Charge lourde …

Quant au nouveau Président libanais, la charge est lourde et pleine de défis, notamment en ce qui a trait à la relation avec le Hezbollah et l’avenir de son armement. D’ailleurs, lors de son discours juste après son élection au Parlement, le Président Michel Sleiman n’a pas hésité à souligner l’importance du rôle de « la résistance » contre « l’ennemi israélien » et le succès de la « libération » du Liban que cette dernière « avait accompli » avec la bénédiction et l’appui de l’État libanais et de son armée. Sleiman a également noté l’importance de cet armement et la nécessité de le garder dirigé contre l’ennemi et non vers d’autres Libanais. Une allusion aux derniers événements meurtriers qui avaient fait plus de 80 morts et plus d’une centaine de blessés entre les pro-occidentaux et les prosyriens.

À cela et parmi une pléthore de messages de réconciliation et de demandes de dialogue continue entre tous les Libanais, Sleiman n’a pas hésité à lancer une fléchette contre Damas en parlant de la nécessité de l’établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban. Une telle représentation mettra fin à la position syrienne depuis son indépendance, que le Liban était partie intégrante de la « Grande Syrie ». Elle permettra ainsi à Damas de reconnaître enfin la pleine souveraineté du « Pays des Cèdres ».

Or, Damas ne semble pas encore chaude à cette idée, puisqu’à la différence du ministre iranien des affaires étrangères qui assistait à l’élection de Sleiman à l’hémicycle et qui avait applaudit avec enthousiasme cette phrase, le ministre syrien, lui, était resté bras croisé, le visage raide !

Diviser pour affaiblir !

Bien que cela ne constitue pas en soi un signe de division entre Damas et Téhéran autour de la politique régionale, il n’en demeure pas moins que de plus en plus de signes parviennent d’ici et d’ailleurs sur un début de différend quant à la stratégie régionale entre ces deux alliés anti-américain.

En effet, pour de nombreux analystes aussi bien arabes qu’occidentaux, l’assassinat du chef de guerre du Hezbollah à Damas, le terroriste le plus recherché par Washington, Imad Moghnié, aurait été perpétré par les services secrets d’un pays arabe – certains parlent de la Jordanie – avec la bénédiction de ceux de Damas. Cet assassinat aurait été un « cadeau de bonne foi » offert par Damas aux Israéliens mais surtout aux Américains pour briser la glace entre la Syrie et les États-Unis, mais également pour envoyer un signe à Tel-Aviv pour une reprise des négociations.

À ces analyses, d’autres ajoutent que les dernières révélations sur les pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv confirment la volonté des États-Unis de vouloir briser cette alliance syro-iranienne pour mieux isoler Téhéran. Le Hezbollah perdrait alors cette logistique iranienne qui lui parvenait via la Syrie. Ce qui permettrait ainsi son isolement et sa destruction dans un éventuel conflit à venir.

Le rôle régional du Hezbollah

Or, voilà que le lundi 26 mai, le Secrétaire Général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, monte aux barricades avec un discours des plus forts et des plus guerriers tant sur les plans politique, social que militaire. Cette flambée de paroles de défis survient le lendemain du huitième anniversaire du « succès » du Hezbollah dans la « libération » du Sud du Liban en mai 2000.

Or, maîtrisant la rhétorique guerrière, Nasrallah n’hésite pas de rappeler les « sacrifices de la résistance » et son « succès face à l’ennemi sioniste », mais également sa détermination de continuer jusqu’au bout. Il précise par ailleurs, que ses troupes « sont prêtes à se battre dans n’importe quelle prochaine éventuelle guerre » faisant ainsi illusion à une attaque américaine ou israélienne contre l’Iran.

Par ailleurs, Nasrallah précise nommément les situations aussi bien à Gaza qu’en Irak et fait appel aux uns et aux autres pour reprendre l’exemple de la résistance du Hezbollah afin d’éviter que Gaza « ne tombe dans les mains des Sionistes » et que l’Irak « ne soit pas livré aux Américains et à leurs plan de contrôle de ses ressources naturelles ». En fait, Nasrallah se positionne sur l’échiquier politique régional comme acteur incontournable et une variable à prendre en considération pour toute stratégie régionale. Par ailleurs, il précise le retour des prisonniers libanais en Israël dans un futur proche, comme si des tractations secrètes via l’Allemagne auraient abouti avec les Israéliens! Ce qui lui octroie aux yeux de la rue arabe en général et libanaise en particulier, une stature de leader qui respecte sa parole et soulève et réussit les défis.

Le défi majeur du Président

D’où la question principale qui se pose au nouveau Président libanais, celle de savoir s’il sera capable de mettre un terme aux armes du Hezbollah et s’il réussira à prendre le contrôle de la décision politique libanaise en ce qui a trait tant à la gestion interne du pays que celle de la guerre contre un quelconque « ennemi ». Or, d’ores et déjà. Nasrallah précise haut et fort que les armes du Hezbollah ne seront pas dirigées vers d’autres Libanais, mais que les armes de l’État libanais, donc de ses forces de sécurité intérieures et de l’armée ne doivent pas non plus être dirigées contre le Hezbollah ou de servir pour le combattre.

Des paroles, qui laissent présager que le Hezbollah ne rendrait jamais ses armes. D’ailleurs, à analyser de plus près, l’on pourrait voir clairement la détermination du Hezbollah de mener sa « résistance » par delà la frontière libanaise en encourageant le Hamas et les Chiites de l’Irak à se battre contre les « occupant ». Et pour leur rappeler l’appui de la « résistance » à leur « combat », la machine de la propagande du Hezbollah n’hésite pas à afficher la date de mai 1948 et celle de mai 2008, comme pour dire que la « Nakba » (Catastrophe) palestinienne pouvait se transformer en victoire à l’instar de ce qui s’était passé au Liban en 2000 et 2006.

Tuesday, May 27, 2008

Liban : Les défis du nouveau président !

Le mardi 27 mai 2008

LE SOLEIL - POINT DE VUE

Liban : Les défis du nouveau président !

par Alain-Michel Ayache
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient
Département de Science politique
Université du Québec à Montréal

118 votes en faveur contre neuf abstentions. C'est le total de voix que le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Michel Sleiman a obtenu pour devenir le douzième président de la République libanaise depuis l'indépendance.

Cette élection pour la forme vient confirmer l'entente entre les différents belligérants libanais qui a eu lieu à Doha à Qatar, sous les auspices de l'émir de ce petit pays du Golfe. En soi, cette percée politico-diplomatique du Qatar est une première dans la région, puisqu'elle vient supplanter celles traditionnelles de l'Égypte, de l'Arabie Saoudite, mais également de la Syrie. En prenant ainsi à sa charge la réconciliation entre les différentes parties libanaises, Doha vient présenter un visage neutre dans la région et une nouvelle ère pour la diplomatie arabe, loin des bras de fer interarabes habituels.

Une charge lourde

Quant au nouveau président libanais, la charge est lourde et pleine de défis, notamment en ce qui a trait à la relation avec le Hezbollah et à l'avenir de son armement. D'ailleurs, lors de son discours juste après son élection au Parlement, le président Michel Sleiman n'a pas hésité à souligner l'importance du rôle de «la résistance» contre «l'ennemi israélien» et le succès de la «libération» du Liban que cette dernière «avait accompli» avec la bénédiction et l'appui de l'État libanais et de son armée. Sleiman a également noté l'importance de cet armement et la nécessité de le garder dirigé contre l'ennemi et non vers d'autres Libanais. Une allusion aux derniers événements meurtriers qui avaient fait plus de 80 morts et plus d'une centaine de blessés entre les pro-occidentaux et les pro-syriens.

À cela et parmi une pléthore de messages de réconciliation et de demandes de dialogue continue entre tous les Libanais, Sleiman n'a pas hésité à lancer une fléchette contre Damas en parlant de la nécessité de l'établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban. Une telle représentation mettra fin à la position syrienne depuis son indépendance, que le Liban était partie intégrante de la «Grande Syrie». Elle permettra ainsi à Damas de reconnaître enfin la pleine souveraineté du Pays des Cèdres. Or, Damas ne semble pas encore chaude à cette idée, puisqu'à la différence du ministre iranien des Affaires étrangères qui assistait à l'élection de Sleiman à l'hémicycle et qui avait applaudi avec enthousiasme cette phrase, le ministre syrien, lui, était resté bras croisés, le visage raide!

Diviser pour affaiblir !

Bien que cela ne constitue pas en soi un signe de division entre Damas et Téhéran autour de la politique régionale, il n'en demeure pas moins que de plus en plus de signes parviennent d'ici et d'ailleurs sur un début de différend quant à la stratégie régionale entre ces deux alliés anti-américains.

En effet, pour de nombreux analystes aussi bien arabes qu'occidentaux, l'assassinat du chef de guerre du Hezbollah à Damas — le terroriste le plus recherché par Washington, Imad Moghnié — aurait été perpétré par les services secrets d'un pays arabe — certains parlent de la Jordanie — avec la bénédiction de ceux de Damas. Cet assassinat aurait été un «cadeau de bonne foi» offert par Damas aux Israéliens, mais surtout aux Américains pour briser la glace entre la Syrie et les États-Unis, mais également pour envoyer un signe à Tel-Aviv pour une reprise des négociations. À ces analyses, d'autres ajoutent que les dernières révélations sur les pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv confirment la volonté des États-Unis de vouloir briser cette alliance syro-iranienne pour mieux isoler Téhéran. Le Hezbollah perdrait alors cette logistique iranienne qui lui parvenait via la Syrie. Ce qui permettrait ainsi son isolement et sa destruction dans un éventuel conflit à venir.

Le rôle du Hezbollah

Or, voilà que le lundi 26 mai, le Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, monte aux barricades avec un discours des plus forts et des plus guerriers tant sur les plans politique, social que militaire. Cette flambée de paroles de défi survient le lendemain du huitième anniversaire du «succès» du Hezbollah dans la «libération» du Sud du Liban en mai 2000. Or, maîtrisant la rhétorique guerrière, Nasrallah n'hésite pas de rappeler les «sacrifices de la résistance» et son «succès face à l'ennemi sioniste», mais également sa détermination de continuer jusqu'au bout. Il précise que ses troupes «sont prêtes à se battre dans n'importe quelle prochaine éventuelle guerre» faisant ainsi allusion à une attaque américaine ou israélienne contre l'Iran. En outre, Nasrallah cite nommément les situations aussi bien à Gaza que de l'Irak, et fait appel aux uns et aux autres pour reprendre l'exemple de la résistance du Hezbollah afin d'éviter que Gaza «ne tombe dans les mains des Sionistes» et que l'Irak «ne soit pas livré aux Américains et à leurs plan de contrôle de ses ressources naturelles».

En fait, Nasrallah se positionne sur l'échiquier politique régional comme acteur incontournable et comme une variable à prendre en considération pour toute stratégie régionale. Par ailleurs, il précise le retour des prisonniers libanais en Israël dans un futur proche, comme si des tractations secrètes via l'Allemagne auraient abouti avec les Israéliens! Ce qui lui octroie aux yeux de la rue arabe en général et libanaise en particulier, une stature de leader qui respecte sa parole, soulève et réussit les défis.

Le défi majeur du président

D'où la question principale qui se pose au nouveau président libanais, celle de savoir s'il sera capable de mettre un terme à la crise des armes du Hezbollah et s'il réussira à prendre le contrôle de la décision politique libanaise en ce qui a trait, tant à la gestion interne du pays que celle de la guerre contre un quelconque «ennemi». Or, d'ores et déjà, Nasrallah précise haut et fort que les armes du Hezbollah ne seront pas dirigées vers d'autres Libanais, mais que les armes de l'État libanais, donc de ses forces de sécurité intérieures et de l'armée ne doivent pas non plus être dirigées contre le Hezbollah ou de servir pour le combattre. Des paroles, qui laissent présager que le Hezbollah ne rendrait jamais ses armes.

D'ailleurs, on peut clairement discerner la détermination du Hezbollah de mener sa «résistance» par delà la frontière libanaise en encourageant le Hamas et les Chiites de l'Irak à se battre contre les «occupants». Et pour leur rappeler l'appui de la «résistance» à leur «combat», la machine de la propagande du Hezbollah n'hésite pas à afficher la date de mai 1948 et celle de mai 2008, comme pour dire que la «Nakba» (Catastrophe) palestinienne pouvait se transformer en victoire à l'instar de ce qui s'était passé au Liban en 2000 et 2006.