Thursday, August 7, 2008

L'humanitaire versus le terrorisme





L'humanitaire versus le terrorisme


Alain-Michel Ayache

Deux ans après, presque jour pour jour, le Hezbollah remet les corps des deux soldats israéliens qu'il avait kidnappés lors de son attaque par delà la ligne bleue, en territoire israélien. Une attaque qui avait été à l'origine de la « seconde guerre du Liban » de juillet 2006.

Aujourd'hui, les tractations entre le Hezbollah et Israël à travers la médiation allemande, a permis aux Israéliens de rapatrier enfin ces deux corps, en échange d'un grand gain pour le Hezbollah.

La « victoire » du Hezbollah

Pour la rue arabe en général et pour les Libanais en particulier, notamment les prosyriens, cet échange représente la plus grande victoire jusqu'à là achevée par une « résistance musulmane ». Et pour cause. Lors des 33 jours de combats entre le Hezbollah et Tsahal, Jerusalem cherchait à maintenir son image de force de dissuasion pour l'ensemble de ses ennemis. Or, voilà qu'une milice chiite, forte de quelques milliers de combattants, réussit à résister au mythe de l'armée la plus forte de la région, voire l'une des meilleures au monde.

Bien que le prix ait été lourd du côté du Hezbollah, même si officiellement ses chefs nient la perte de plusieurs centaines des leurs parmi les 1200 Libanais tués durant ces affrontement de 2006, et malgré que le Hezbollah n'ait pas réussi durant ces affrontements à interdire l'accès de Tsahal au territoire libanais comme il l'avait à maintes reprises annoncé à ses fidèles, il n'en demeure pas moins qu'Israël a échoué d'atteindre ses objectifs dont le premier, celui de libérer les deux soldats kidnappés. Quant aux armements du Hezbollah, il s'est reconstitué d'une manière encore plus rapide et plus efficace, et ce, même avec la présence de la FINUL censée l'interdire!

Nasrallah, « le héros de l'Islam »

En soi, le fait d'avoir réussi à bloquer les plans d'Israël, mais également à détruire un nombre considérable de ses chars d'assaut qui faisaient la terreur des pays arabes, était une grande victoire pour le Hezbollah au niveau de la rue arabe. De plus, l'image de marque de l'armée indestructible d'Israël avait fini par succomber à la détermination suicidaire des combattants du « Parti de dieu ».

Cela avait largement contribué à la popularité du Hezbollah et de son Secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah. On a vu en lui, le « sauveur » et le « véritable héros » que les leaders arabes n'avaient pas réussi depuis 60 ans à se donner ! Par ailleurs, fort d'une confiance en ses capacités et ses hommes, Sayyed Hassan Nasrallah cherchait à prouver au monde entier et au monde arabe et musulman en particulier, qu'il était un homme de parole. Il leur avait promis la libération des « otages » libanais en Israël, ces prisonniers de guerre qu'Israël avait capturés durant les actions terroristes contre son territoire ou lors de la « Seconde guerre du Liban ». Aujourd'hui, il vient de prouver qu'il respectait sa parole et qu'il agissait en conséquence, ce qui lui vaut du coup une image encore plus solide d' « l'homme intègre » et de « l'héros de l'Islam »…

« Chose promise, chose due ! »

Le fait d'avoir réussi à obliger en quelque sorte Israël à libérer l'ensemble des détenus libanais et de rendre les corps de plusieurs dizaines de combattants arabes et libanais tués durant les nombreux affrontements que vit cette région du monde, est considéré comme un autre coup de massue contre Olmert! Car, Nasrallah avait à maintes reprises déclaré que sa milice resterait armée jusqu'à ce que le dernier otage libanais soit libéré des prisons israéliennes, mais également que les Fermes de Chebaa le soient de même.

En d'autres termes, cela voudrait dire que les armes du Hezbollah demeureront présentes tant et aussi longtemps que ces fermes n'auront pas été remises au Liban, alors qu'officiellement, selon les Nations Unies, la résolution du Conseil de Sécurité 425 qui concernait le retrait de l'occupation du territoire libanais par Tsahal avait été accompli en mai 2000 lors du retrait officiel du dernier soldat israélien. Ce que le Hezbollah refuse de reconnaître tant que ces fermes sont encore occupées, alors qu'en réalité elles l'ont été par Israël durant la guerre de 67 après avoir chassé l'armée syrienne qui s'y trouvait!

Le geste d'Israël et ses répercussions

Pour de nombreux observateurs, Israël ne pouvait plus ignorer son opinion publique et notamment les appels des familles de ces deux soldats. Pour un pays démocratique comme Israël, le gouvernement n'avait plus le choix que d'accepter les demandes des familles et de s'incliner en quelque sorte devant l'humanitaire, en mettant de côté le militaire.

Or, ce geste, s'il est considéré par la majorité de la population comme étant noble et une continuité dans la tradition juive israélienne de ne point laisser derrière, des corps des siens ou des prisonniers de guerre, il n'en demeure pas moins que cela est interprété comme un précédent dangereux par plusieurs. En effet, le fait qu'Israël s'incline devant les demandes du Hezbollah constitue une première car un message erroné serait envoyé du coup à l'ensemble des ennemis de l'État hébreu pour les encourager à entreprendre des actions similaires sachant qu'Israël finira par privilégier l'humanitaire sur le militaire! Cela pourrait affecter la libération du soldat Guilad Shalit actuellement détenu par le Hamas depuis également 2006, juste avant la Seconde guerre du Liban. L'échange ne pourrait être qu'encourageant pour le Hamas et l'inciter à monter les enchères encore plus, dans l'espoir d'augmenter ses gains à l'Instar du Hezbollah…

Ainsi, la libération a sans aucun doute apporté un prestige sans précédant au Hezbollah, ce qui consolide encore plus son pouvoir au Liban, notamment après son succès militaro-politique face au gouvernement pro-occidental…

La question principale sera alors celle de savoir si l'Occident et Israël se voient désormais forcés d'adopter une Realpolitik vis-à-vis du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran faute d'alternatives viables, et ce, pour éviter toute escalade militaire dans la région sur un fond de crise économique sans précédant aux États-Unis!

Sunday, July 20, 2008

Le "souhait" syrien à prendre avec des pincettes!

Le Droit
Actualités, samedi, 19 juillet 2008, p. 25

Le "souhait" syrien
à prendre avec des pincettes !

Pour un novice en relations internationales, le "souhait" du Président syrien, Bachar al-Assad, exprimé cette semaine à Paris, de voir "la France et les États-Unis intercéder" auprès d'Israël pour la reprise officielle des pourparlers de paix entre Damas et Tel-Aviv, paraîtrait comme un "assagissement" et une nouvelle page dans l'histoire du Proche-Orient ! Or, à bien analyser les donnes de la région, un "initié" aux tactiques "assadiennes" laissées en héritage par feu Hafez al-Assad, alias "le Bismarck du Moyen-Orient", à son fils Bachar, démontrent le machiavélisme d'un chef d'État qui tente le tout pour le tout au moment où l'Occident pointe du doigt l'autre "danger", l'Iran.

En effet, cette demande est loin d'être innocente. L'expliquer revient avant tout à démontrer la volonté de Damas de mettre fin au boycott occidental qui la touche dans la région, pour regagner sa place à la table des négociations ; cette place que Damas a perdue avec l'assassinat de l'ex-premier ministre du Liban, Rafic Hariri, en 2005 ainsi que les multiples assassinats politiques dont sont responsables selon toute vraisemblance ses services secrets et plus particulièrement Assef Chaoukat, le beau-frère du Président syrien. Ce faisant, Assad éloigne du coup le spectre du tribunal international qui pointe à l'horizon et cherche à faire la lumière sur ces assassinats.

Mensonge

Or, encouragé par les derniers succès politiques du Hezbollah tant au Liban que face à Israël - notamment dans le dossier de l'échange des prisonniers libanais contre les corps des soldats de Tsahal, kidnappés et tués par la milice pro-iranienne - le président syrien tente de se faire entendre en multipliant les signes de "bonne volonté". Toutefois, s'il est vrai que le Hezbollah contrôle maintenant le Liban face aux pro-occidentaux, il n'en demeure pas moins que c'est davantage l'Iran qui détient jusqu'aujourd'hui la principale clef dès lors qu'il s'agit de convaincre le Hezbollah de faire preuve de retenue ou non. Consciente de cette réalité telle que perçue par l'Occident, Damas, tente coûte que coûte de la changer, en démontrant qu'il ne faut point la considérer comme n'étant qu'un simple passage pour les armes et munitions qui transitent de l'Iran vers le "Parti de dieu".

Cette tentative de changement de "l'image de marque" de Damas explique, selon certains observateurs arabes l'assassinat du responsable militaire du Hezbollah, Imad Moghnieh, à qui on attribue des multiples assassinats et attentats anti-américains et anti-israéliens et qui était qualifié de terroriste le plus recherché par les États-Unis. Or, son assassinat à Damas, ne pouvait être, selon ces mêmes observateurs arabes, que le travail des mêmes services secrets syriens responsables de la série d'assassinats de politiciens et journalistes libanais anti-syriens. D'autres iront jusqu'à dire que pour ce dossier en particulier et pour rapprocher le point de vue syrien de celui des Américains, les services secrets jordaniens s'étaient alliés à cette partie "de chasse au terroriste"... à Damas !

Aujourd'hui, s'il est question de pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv, Israël ne semble pas prêt à sacrifier sa sécurité et remettre le Golan aux Syriens pour une paix illusoire et d'autant plus fragile, tant et aussi longtemps que Damas ne ferme pas les bureaux de Hamas à Damas et chasse du pays Khaled Mechaal, le leader palestinien de Hamas responsable des actions terroristes contre Israël. De même, tant et aussi longtemps que le Hezbollah est aidé par Damas et ses cadres et ses armements transitant via la Syrie, le Nord d'Israël demeurera sous la menace du Hezbollah et de l'Iran.

Mais alors de quelle paix parle le Président syrien ? Le "souhait" syrien paraît alors un leurre pour acheter du temps tout en misant sur le changement dans la politique américaine à venir avec le nouveau président. Pis, Damas mise sur l'arrivée de Barak Obama au pouvoir, d'autant plus que durant les primaires, le candidat démocrate avait lancé des signes interprétés par Damas comme lui étant favorables, brisant du coup un boycott de l'actuelle administration américaine et ouvrant de nouvelles possibilités au Président syrien.

Ainsi, Damas tentera d'augmenter ses chances en présentant un nouveau visage, celui d'un État voulant enterrer la haine et le passé douloureux. Cette nouvelle page aurait commencé avec l'acceptation récente d'établir des représentations diplomatiques entre la Syrie et le Liban, ce qui est en quelque sorte une reconnaissance de la pleine souveraineté du Liban, chose que Damas n'avait jamais accepté de faire depuis son indépendance totale de la France en 1946. Or, l'établissement des représentations diplomatiques ne peut en aucun cas à lui seul être suffisant pour faire confiance à l'actuel régime syrien. À cela s'ajoute l'alliance entre Téhéran et Damas qui rend les choses encore plus compliquées non seulement pour Israël mais surtout pour l'Occident en général et les États-Unis en particulier. En effet, dans un scénario de guerre contre l'Iran, quel serait le rôle de Damas, sachant que les armes qui parviennent au quotidien au Hezbollah transitent par le territoire syrien ? Est-ce que Damas se risquerait contre le Hezbollah pour le miner de l'intérieur et l'affaiblir quitte à gagner la confiance de l'Occident ? Qui de ses alliés au sein du nouveau gouvernement libanais, lesquels disposent d'un droit de veto capable de bloquer à tout moment les institutions du pays ? Et le dossier irakien dans tout cela et l'interférence de Damas qui envoi des combattants islamistes pour défier les Américains et contribuer avec l'Iran par islamistes interposés à miner la stabilité de ce pays ?

Entre craintes et espoir

Les réponses ne peuvent guère être rassurantes peu importe les stratégies verbales déployées à cet effet par le Président syrien à Paris. Seul un changement drastique de 180 degrés de la politique syrienne pourrait aboutir à une paix véritable dans la région. En d'autres termes, cela équivaudrait à la fin du régime syrien actuel. Or, avec l'impossibilité pour l'Occident de trouver une alternative à ce gouvernement et avec le grand échec américain en Irak, l'Occident et notamment Washington et Paris, risqueront-ils de déstabiliser la Syrie et aboutir à un scénario catastrophe similaire à celui de l'Irak qui engloberait le Liban et Israël ? Tout tend à croire que si la Syrie avance des signes encourageants, c'est davantage pour justifier une position occidentale pour entamer un semblant de reconnaissance d'une Syrie sur un fond de branle-bas de combat en gestation contre l'Iran. La paix semblerait alors plus fragile que jamais !

Alain-Michel Ayache,

spécialiste du Proche et Moyen-Orient

Département de Science politique

Université du Québec à Montréal (UQÀM)

Illustration(s) :

AP
Le président syrien, Bachar al-Assad rencontrait le 12 juillet dernier le président français, Nicolas Sarkozy.

© 2008 Le Droit. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080719·LT·0064

Thursday, July 17, 2008

L'humanitaire versus «le terrorisme»!

Cyberpresse

Le jeudi 17 juil 2008

LE SOLEIL - ANALYSE

L'humanitaire versus «le terrorisme»!

Alain-Michel Ayache
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient
Département de Science politique
Université du Québec à Montréal

Deux ans après, presque jour pour jour, le Hezbollah remet les corps des deux soldats israéliens qu'il avait kidnappés lors de son attaque par delà la ligne bleue, en territoire israélien. Une attaque qui avait été à l'origine de la «seconde guerre du Liban» de juillet 2006.

Aujourd'hui, les tractations entre le Hezbollah et Israël à travers la médiation allemande, a permis aux Israéliens de rapatrier enfin ces deux corps, en échange d'un grand gain pour le Hezbollah.

La «victoire» du Hezbollah

Pour la rue arabe en général et pour les Libanais en particulier, notamment les prosyriens, cet échange représente la plus grande victoire jusqu'à là achevée par une «résistance musulmane». Et pour cause. Lors des 33 jours de combats entre le Hezbollah et Tsahal, Tel-Aviv cherchait à maintenir son image de force de dissuasion pour l'ensemble de ses ennemis. Or, voilà qu'une milice chiite, forte de quelques milliers de combattants, réussit à résister au mythe de l'armée la plus forte de la région, voire l'une des meilleures au monde.

Bien que le prix ait été lourd du côté du Hezbollah, même si officiellement ses chefs nient la perte de plusieurs centaines des leurs parmi les 1200 Libanais tués durant ces affrontement de 2006, et malgré que le Hezbollah n'ait pas réussi durant ces affrontements à interdire l'accès de Tsahal au territoire libanais comme il l'avait à maintes reprises annoncé à ses fidèles, il n'en demeure pas moins qu'Israël a échoué d'atteindre ses objectifs dont le premier, celui de libérer les deux soldats kidnappés. Quant aux armements du Hezbollah, il s'est reconstitué d'une manière encore plus rapide et plus efficace, et ce, même avec la présence de la FINUL censée l'interdire!

Nasrallah, «le héros de l'Islam»

En soi, le fait d'avoir réussi à bloquer les plans d'Israël, mais également à détruire un nombre considérable de ses chars d'assaut qui faisaient la terreur des pays arabes, était une grande victoire pour le Hezbollah au niveau de la rue arabe. De plus, l'image de marque de l'armée indestructible d'Israël avait fini par succomber à la détermination suicidaire des combattants du «Parti de dieu».

Cela avait largement contribué à la popularité du Hezbollah et de son Secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah. On a vu en lui, le «sauveur» et le «véritable héros» que les leaders arabes n'avaient pas réussi depuis 60 ans à se donner ! Par ailleurs, fort d'une confiance en ses capacités et ses hommes, Sayyed Hassan Nasrallah cherchait à prouver au monde entier et au monde arabe et musulman en particulier, qu'il était un homme de parole. Il leur avait promis la libération des «otages» libanais en Israël, ces prisonniers de guerre qu'Israël avait capturés durant les actions terroristes contre son territoire ou lors de la «Seconde guerre du Liban». Aujourd'hui, il vient de prouver qu'il respectait sa parole et qu'il agissait en conséquence, ce qui lui vaut du coup une image encore plus solide d'«l'homme intègre» et de «l'héros de l'Islam»…

«Chose promise, chose due !»

Le fait d'avoir réussi à obliger en quelque sorte Israël à libérer l'ensemble des détenus libanais et de rendre les corps de plusieurs dizaines de combattants arabes et libanais tués durant les nombreux affrontements que vit cette région du monde, est considéré comme un autre coup de massue contre Olmert! Car Nasrallah avait à maintes reprises déclaré que sa milice resterait armée jusqu'à ce que le dernier otage libanais soit libéré des prisons israéliennes, mais également que les Fermes de Chebaa le soient de même.

En d'autres termes, cela voudrait dire que les armes du Hezbollah demeureront présentes tant et aussi longtemps que ces fermes n'auront pas été remises au Liban, alors qu'officiellement, selon les Nations Unies, la résolution du Conseil de Sécurité 425 qui concernait le retrait de l'occupation du territoire libanais par Tsahal avait été accompli en mai 2000 lors du retrait officiel du dernier soldat israélien. Ce que le Hezbollah refuse de reconnaître tant que ces fermes sont encore occupées, alors qu'en réalité elles l'ont été par Israël durant la guerre de 67 après avoir chassé l'armée syrienne qui s'y trouvait!

Le geste d'Israël et ses répercussions

Pour de nombreux observateurs, Israël ne pouvait plus ignorer son opinion publique et notamment les appels des familles de ces deux soldats. Pour un pays démocratique comme Israël, le gouvernement n'avait plus le choix que d'accepter les demandes des familles et de s'incliner en quelque sorte devant l'humanitaire, en mettant de côté le militaire.

Or, ce geste, s'il est considéré par la majorité de la population comme étant noble et une continuité dans la tradition juive israélienne de ne point laisser derrière, des corps des siens ou des prisonniers de guerre, il n'en demeure pas moins que cela est interprété comme un précédent dangereux par plusieurs. En effet, le fait qu'Israël s'incline devant les demandes du Hezbollah constitue une première car un message erroné serait envoyé du coup à l'ensemble des ennemis de l'État hébreu pour les encourager à entreprendre des actions similaires sachant qu'Israël finira par privilégier l'humanitaire sur le militaire! Cela pourrait affecter la libération du soldat Guilad Shalit actuellement détenu par le Hamas depuis également 2006, juste avant la Seconde guerre du Liban. L'échange d'aujourd'hui ne pourrait être qu'encourageant pour le Hamas et l'inciter à monter les enchères encore plus, dans l'espoir d'augmenter ses gains à l'Instar du Hezbollah…

Ainsi, la libération d'aujourd'hui a sans aucun doute apporté un prestige sans précédant au Hezbollah, ce qui consolide encore plus son pouvoir au Liban, notamment après son succès militaro-politique face au gouvernement pro-occidental… La question principale sera alors celle de savoir si l'Occident et Israël se voient désormais forcés d'adopter une Realpolitik vis-à-vis du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran faute d'alternatives viables, et ce, pour éviter toute escalade militaire dans la région sur un fond de crise économique sans précédent aux États-Unis!

Thursday, June 26, 2008

Kissinger à Montréal



Kissinger à Montréal

Alain-Michel Ayache

À 85 ans, l’ancien Secrétaire d’État américain, Henry Kissinger, n’a pas manqué d’impressionner les quelques huit cents convives—ou dois-je dire privilégiés—qui ont assisté à son allocution dans le cadre de la quatorzième édition du Forum économique des Amériques, de la Conférence de Montréal au Hilton Bonaventure.

S’il n’a été question de critiquer la politique étrangère américaine actuelle, la question des présidentielles, elle, était toute posée dans son discours et avait une place de choix dans la détermination de la suite à donner au cheminement des politiques à venir. En effet, quel que soit le prochain Président des États-Unis, il aura la lourde tâche de mener à bien ce qui fera des États-Unis un pays aimé ou détesté par notamment le Tiers Monde.

Cette constatation réside dans le fait que souvent la politique américaine est basée sur la défense unique des intérêts des États-Unis et ne prend que rarement en considération ceux des pays tiers concernés par une même problématique. Or, le défi du prochain président américain sera de retrouver une certaine nouveauté dans la continuité.

Une continuité dans la politique étrangére

Continuité, car la politique étrangère américaine en est une malgré le changement d’Administration. En fait, ce qui change sont souvent les priorités et surtout les tactiques adoptées pour la mise en place des politiques choisies par les différentes administrations et équipes présidentielles. D’ailleurs, Henry Kissinger souligne clairement la nécessité pour les différents partis politiques de se concentrer plus sur les raisons de leurs politiques et orienter le débat autour de choix de la tactique à adopter; les premières étant les plus importantes pour la détermination d’une politique étrangère américaine qui ne varie que sur les formes alors que le fond demeure le même de par le choix de la tactique!

Le monde tel que vu par Kissinger

Et lorsqu’il s’agit de définir le monde dans lequel nous vivons, l’ancien Secrétaire d’État choisit de le faire à travers la définition du concept de la « Souveraineté » et de son effet sur les politiques des différents pays. Ainsi, le monde fait face à des problèmes qui sont similaires à travers certains angles et opposés à travers d’autres. Il serait principalement réparti en trois catégories distinctes laissant de côté les États-Unis qui sont considérés comme une partie à part entière.

La première étant formée par les pays européens qui ont choisi de déléguer une bonne partie de leur souveraineté à un ensemble dit Union Européenne. En choisissant de le faire, ils ont amoindri toute prise de décision unilatérale et ont plus adopté une sorte de « politique douce » (Soft Policy). L’exemple avancé est celui de la Chancelière allemande qui pour prendre une décision d’envoyer des troupes en Afghanistan, elle choisirait de le faire d’une façon prudente car sa décision affecterait l’ensemble des autres pays de l’Union qui n’auraient pas nécessairement la même approche ou la même décision pour une telle politique de déploiement. Alors que les États-Unis le feraient sans hésiter vu que le processus décisionnel est concentré selon la tradition classique des relations internationales et du concept de souveraineté par Washington.

La seconde partie qui constitue le monde d’aujourd’hui, est celle qui comprend les pays du Moyen-Orient, où le concept d’État souverain n’est presque pas existant dans le sens que l’existence de ces pays est récente et date de Sykes-Picot. Une souveraineté qui leur a été offerte par les puissances coloniales de l’époque alors qu’ils représentaient des provinces ottomanes dont chacune était souvent caractérisée par son homogénéité ethnique. Par exemple l’Irak, selon les termes de Kissinger, représentait trois provinces ottomanes indépendantes l’une de l’autre. Lorsque l’Irak était formé, les puissances mandataires n’avaient pas pris en considération les différences ethniques qui les séparaient. D’où l’incompatibilité avec le concept de l’État nation cher à l’Occident et par définition à la souveraineté. Ainsi, les États du Moyen-Orient seraient en maque de structuration démocratique car le concept de démocratie est presque inexistant pour eux. Ce qui explique entre autres les problèmes et les violences interethniques actuelles dans ces pays là.

La dernière partie étant celle des pays de l’Asie, où le concept de Souveraineté est complètement structuré.

Les défis du prochain Président des États-Unis

Ainsi divisé, le monde d’aujourd’hui soulève un nouveau défi, celui de la compatibilité des États, mais également un défi de taille pour les États-Unis pour la sauvegarde de ses positions … Inutile alors de se positionner en adversaire de la Chine comme le clament certains. Au contraire, faire valoir la coopération internationale et le libre marché garantira plus la stabilité au lieu de se lancer à tort dans une nouvelle guerre froide où cette fois-ci la Chine remplacera l’URSS.

Le second défi pour les États-Unis et notamment pour le prochain président est concentré dans le danger qui guète le monde actuel. Henry Kissinger est clair dessus. Il s’agit de l’Islam radical. Ainsi, retirer les troupes américaines de l’Irak ou celle de l’OTAN de l’Afghanistan équivaudrait à transmettre un message aux islamistes partout dans le monde de la faiblesse de l’Occident. Le résultat serait alors grave pour l’ensemble des pays pris par la tourmente islamiste et pour l’Occident également. En effet, pour les premiers les radicaux gagneraient plus de terrains dans les différents pays où ils se trouvent d’autant plus que leurs actions et leurs messages transcendent les frontières des États qu’ils ne reconnaissent point comme tels. Cela aura pour résultat de pousser une population pauvre et désorientée dans le giron de l’Islamisme et tous les efforts entrepris par l’Occident auraient été alors en vain, puisque l’Islamisme aurait triomphé du concept de Souveraineté et de démocratie que l’Occident essaye de mettre en place.

Ainsi, il ne faudrait pas poser le débat autour de la politique étrangère américaine sur le retrait des troupes ou sur le calendrier du retrait, comme c’est le cas aujourd’hui, mais plus sur la façon de combattre le radicalisme. Dans une région comme celle du Moyen-Orient où on note aujourd’hui l’émergence d’un nouvel ordre étatique qui rejette le concept de souveraineté des États comme défini habituellement en Occident, il devient important à Washington notamment de trouver de nouvelles idées créatrices capables de sortir l’Irak de la crise.

L’Avenir de la région sera alors déterminé par les idées politiques nouvelles capables de maintenir la région dans une stabilité tout en réduisant le risque du radicalisme islamique. Pour Kissinger, le problème palestinien n’est autre qu’une question de frontières d’un État qu’il appartient de fonder… alors que l’Islam radical est plus dangereux et se nourrit de ses propres forces, d’où la nécessité de réduire ses forces.

« If there is a problem, there is a solution! »

Et quel que soit le problème, il y a toujours une solution. Et la vision pour trouver ces solutions doit toujours être considérée d’une manière globale.

Bien entendu, à relire de nouveau entre les lignes les paroles du Docteur Henry Kissinger, l’on se rend compte que le réalisme dont il a toujours su user dans sa politique de « petits pas » le place encore une fois comme une référence à ne point prendre à la légère, malgré ses nombreuses années de service et de son âge avancé. Il demeure aujourd’hui le porte-flambeau d’une politique étrangère américaine mettant plus l’accent sur le concept de « stabilité » et de l’équilibre des forces, que sur celui d’hégémonie. Pour Kissinger, le réalisme prévaut toujours sur l’idéal et demeure le meilleur moyen de maintenir une stabilité.

Monday, June 16, 2008

Le monde selon Henry Kissinger



Le Droit
Actualités,
lundi, 16 juin 2008, p. 17


Le monde selon Henry Kissinger

À 85 ans, l'ancien secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, n'a pas manqué d'impressionner les 800 privilégiés qui ont assisté à son allocution dans le cadre de la 14e édition du Forum économique des Amériques, de la Conférence de Montréal.S'il n'a pas été question de critiquer la politique étrangère américaine actuelle, la question des présidentielles, elle, était toute posée dans son discours et avait une place de choix dans la détermination de la suite à donner au cheminement des politiques à venir. En effet, quel que soit le prochain président des États-Unis, il aura la lourde tâche de mener à bien ce qui fera des États-Unis un pays aimé ou détesté par notamment le Tiers Monde.

Cette constatation réside dans le fait que souvent la politique américaine est basée sur la défense unique des intérêts des États-Unis et ne prend que rarement en considération ceux des pays tiers. Or, le défi du prochain président sera de retrouver une certaine nouveauté dans la continuité.Continuité, car la politique étrangère américaine en est une malgré le changement d'Administration. En fait, ce qui change sont souvent les priorités et surtout les tactiques. D'ailleurs, Henry Kissinger souligne clairement la nécessité pour les différents partis politiques de se concentrer plus sur les raisons de leurs politiques et orienter le débat autour de choix de la tactique à adopter.

Le monde en catégories


Et lorsqu'il s'agit de définir le monde dans lequel nous vivons, l'ancien Secrétaire d'État choisit de le faire à travers la définition du concept de la "souveraineté" et de son effet sur les politiques des différents pays. Ainsi, le monde fait face à des problèmes qui sont similaires à travers certains angles et opposés à travers d'autres. Il serait principalement réparti en trois catégories distinctes laissant de côté les États-Unis qui sont considérés comme une partie à part entière.

La première étant formée par les pays européens qui ont choisi de déléguer une bonne partie de leur souveraineté à un ensemble dit "Union européenne". Ils ont ainsi amoindri toute prise de décision unilatérale et adopté une sorte de "politique douce" ("soft policy"). L'exemple avancé est celui de la chancelière allemande Angela Merkel qui, pour prendre une décision d'envoyer des troupes en Afghanistan, choisirait de le faire d'une façon prudente car sa décision affecterait l'ensemble des autres pays de l'Union. Alors que les États-Unis le feraient sans hésiter vu que le processus décisionnel est concentré selon la tradition classique des relations internationales et du concept de souveraineté par Washington.

La seconde partie du monde comprend les pays du Moyen-Orient, où le concept d'État souverain n'est presque pas existant dans le sens que l'existence de ces pays est récente. Une souveraineté qui leur a été offerte par les puissances coloniales de l'époque alors qu'ils représentaient des provinces ottomanes dont chacune était souvent caractérisée par son homogénéité ethnique. Par exemple l'Irak, selon les termes de Kissinger, représentait trois provinces ottomanes indépendantes l'une de l'autre. Lorsque l'Irak a été formé, les puissances mandataires n'avaient pas pris en considération les différences ethniques qui les séparaient. D'où l'incompatibilité avec le concept de l'État-nation cher à l'Occident et par définition à la souveraineté.

La troisième partie est celle des pays de l'Asie, où le concept de souveraineté est complètement structuré.

Les défis du prochain


Ainsi divisé, le monde d'aujourd'hui soulève un nouveau défi, celui de la compatibilité des États, mais également un défi de taille pour les États-Unis pour la sauvegarde de ses positions... Inutile alors de se positionner en adversaire de la Chine comme le clament certains. Au contraire, faire valoir la coopération internationale et le libre-marché garantira plus la stabilité au lieu de se lancer à tort dans une nouvelle guerre froide où la Chine remplacerait l'Union soviétique.

Le second défi pour les États-Unis est concentré dans le danger qui guette le monde actuel, l'Islam radical. Ainsi, retirer les troupes américaines de l'Irak ou celle de l'OTAN de l'Afghanistan équivaudrait à transmettre un message de la faiblesse de l'Occident. Cela pousserait une population pauvre et désorientée dans le giron de l'Islamisme et tous les efforts entrepris par l'Occident pour mettre en place souveraineté et démocratie auraient été alors en vain.

Ainsi, il ne faudrait pas poser le débat autour de la politique étrangère américaine sur le retrait des troupes ou sur le calendrier du retrait, mais sur la façon de combattre le radicalisme.

Pour le Moyen-Orient, il devient important pour Washington de trouver de nouvelles idées capables de sortir l'Irak de la crise. Ces idées nouvelles capables pourraient maintenir la stabilité de la région tout en réduisant le risque du radicalisme islamique. Pour Kissinger, le problème palestinien n'est autre qu'une question de frontières d'un État qu'il appartient de fonder... alors que l'Islam radical est plus dangereux et se nourrit de ses propres forces, d'où la nécessité de réduire ses forces.

Le réalisme dont Henry Kissinger il a toujours su user dans sa politique de "petits pas" le place encore une fois comme une référence à ne point prendre à la légère. Il demeure aujourd'hui le porte-flambeau d'une politique étrangère américaine mettant plus l'accent sur le concept de "stabilité" et de l'équilibre des forces, que sur celui hégémonique des néo-conservateurs. Ces derniers, bien qu'ils aient entrepris des actions justes avec des intentions louables pour certains, sont toutefois tombés dans l'erreur de la sauvegarde de la paix devenue piège meurtrier. Alors que dans le cas de Kissinger, le réalisme prévaut toujours sur l'idéal et demeure le meilleur moyen de maintenir une stabilité.

Alain-Michel Ayache,
Département de Science politique,

Université du Québec à Montréal

Illustration(s) : La Presse Canadienne
L'ancien secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, lors de son passage au Forum économique International des Amériques mercredi dernier.© 2008 Le Droit.
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Thursday, June 12, 2008

La politique étrangère du Québec: un passage obligé





La politique étrangère du Québec: un passage obligé

Alain-Michel Ayache

Il y a quelques années, je me battais encore pour l’indépendance du Québec car j’y croyais… Je croyais et crois toujours que le Québec est une nation distincte et qu’elle mérite d’avoir son propre pays… Mais aujourd’hui je me pose de sérieuses questions sur la nature même d’un tel État québécois lorsqu’il s’agit de mettre de l’avant sa politique étrangère, et pour cause !

Pour qu’un « néo-Québécois » comme moi puisse admettre de se rendre à l’urne et déposer son bulletin de vote donnant accès à l’indépendance du Québec, il lui faudra plus qu’une promesse politique ou simplement des discours d’une « politique-politicienne ». Il lui faut sa place à part entière dans la société québécoise… Or, il se trouve que le Québec vit un grave problème d’identité, du moins dans la recherche des valeurs qui définissent sa société. Comment être Québécois et en même temps être fermé quant à l’acceptation de l’autre dans sa différence? Comment accepter l’autre lorsque l’on méconnaît son histoire, ses traditions et par-dessus tout la politique du pays duquel l’autre est originaire?

Nul ne conteste la difficulté de cette tâche surtout après le triste souvenir de la tragédie des attentats terroristes du 11 septembre 2001. Mais le problème réside plus dans la manière dont les politiciens québécois ou dois-je dire leurs assistants leur rapportent la réalité revue et corrigée selon les angles qui leur convient… Ce ne sont pas les exemples qui manquent, mais avant de traiter de cette question, je me permets de mettre à l’examen certains constats dont j’espère que cette tribune permettra d’y apporter un début de réponse si ce n’est un débat constructif pour le bien de la société québécoise d’aujourd’hui dans toutes ses composantes.

Avoir une réelle politique étrangére

Tout d’abord, assumer une politique étrangère indépendante du Canada est un devoir sacré, mais à la seule condition que ladite politique étrangère du Québec soit basée sur une approche logique et surtout justifiée tant au niveau humanitaire (thème favori des Québécois) qu’économique (cher au milieu financier). Ensuite, il faudra que l’implication du Québec au niveau international—du moins au niveau de la compréhension des enjeux actuels qui secouent la planète—soit plus solide. Certes les limitations constitutionnelles actuelles et le déficit du Québec ne permettent peut-être pas pour l’instant d’avoir des services gouvernementaux plus fonctionnels, capables d’analyser la réalité qui prévaut dans certains pays.

Or, il se trouve que le Québec ou dois-je dire les gouvernements successifs oublient souvent que ces services peuvent être détournés s’ils prenaient en considération le rôle que les communautés culturelles peuvent jouer dans ce contexte précisément. En effet, ces dernières peuvent largement contribuer à la formulation d’une politique étrangère plus équilibrée et basée sur la compréhension objective des causes et effets des crises internationales, de par le fait qu’elles comprennent les enjeux qui secouent leurs pays d’origine.

Malheureusement, cette vérité est propre à tous les partis politiques du Québec. Combien de fois avez-vous vu une approche gouvernement-communautés culturelles basée sur un échange réel avec les différentes facettes de ces communautés sans que ce soit une période d’élections?

Mieux connaître ses concitoyens

Avoir une politique étrangère, commence avant tout chez soi en acceptant l’autre dans sa différence mais surtout par le comprendre, apprendre son histoire, ses traditions, noter ses besoins et essayer par-dessus tout de lui tendre la main pour qu’il puisse s’intégrer dans notre société québécoise au visage changeant.


La politique étrangère, elle, doit refléter cette approche et cette compréhension de l’autre. Ce faisant, l’établissement d’un contact avec le pays d’origine est alors facilité plus par cet échange qui commence chez soi. Combien de régimes oppriment leurs citoyens qui se retrouvent réfugiés au Québec qu’ils adoptent comme leur nouvelle patrie? Quelle est—et sera—la « politique » du Québec vis-à-vis de ces pays? Et si demain il y avait une guerre qui opposait un Québec indépendant à ces régimes? Comment sécuriser l’allégeance des natifs de ces pays?

Or, à voir de plus près les « politiques » du gouvernements québécois vis-à-vis de certains de ces régimes, l’on se demande alors si le Québec est assez « mature » pour assumer une lourde tâche, celle de mener seul sa politique étrangère ou tout simplement, devenir indépendant. Considérons à titre d’exemple, la Francophonie. C’est l’une des voies des plus bénéfiques de consolider ses assises sur la scène mondiale. Et voilà qu’au lieu que Québec ne mette les bouchées doubles pour établir des antennes plus permanentes et plus solides et investir plus dans ses relations avec ces pays, il se limite en choisissant quelques pays ici et là ou d’envoyer des « Délégués itinérants » au lieu de mettre en place des délégations culturelles pour commencer… puis commerciales par la suite. Combien de marchés francophones ne sont pas couverts par le Québec alors que d’autres pays francophones et non des moindres y sont présents?

Une « politique » internationale appropriée

Quant à la « politique-politicienne » en relations internationales, n’est-il pas préférable d’en avoir une qui soit en complète harmonie avec les valeurs du Québec, si l’on prend en considération que c’est l’humain qui l’emporte ? Dans ce cas, comment expliquer que Québec n’ait pas encore pleinement établi une Délégation à part entière dans le seul pays, pilier de la Francophonie au Proche et Moyen-Orient : Le Liban? Pourquoi l’agent responsable de l’immigration ou la sélection des immigrants se trouve à Damas, capitale actuelle du terrorisme mondial? Pourquoi ne pas transférer ses services à Beyrouth, capitale francophone du Levant? N’est-il pas un geste de « reconnaissance officielle » de la souveraineté libanaise par le Québec? Même si c’est au fédéral qu’incombe la tâche de la représentation politique étrangère, il appartient au Québec aujourd’hui de faire la preuve de maturité en matière de jugement de situation et de re-localiser ses services d’immigrations ou de sélection des immigrants à Beyrouth même, du moins pour les services destinés au Libanais. Pour cela, il n’a pas à avoir la « bénédiction » du fédéral ! Qu’attend-t-il alors ?

Par ailleurs, lorsque l’on parle des problèmes du Proche et Moyen-Orient, l’on trouve toujours le Québec du côté « de l’opprimé ». Ce qui est excellent… mais à la condition que l’on puisse réellement identifier qui est l’opprimé ou la victime dans certains cas. Certes, le Proche et Moyen-Orient ne sont pas aussi faciles à comprendre, mais lorsqu’une Nation se veut indépendante, il lui appartient de regarder les deux côtés de la médaille tout en se dissociant de la problématique étrangère… Ce faisant, elle pourra alors avoir un regard plus équilibré et moins biaisé, basé sur une analyse concrète et objective. Ce qui ne semble pas le cas actuellement…!

Bref, lorsque l’on décide de fonder un pays, l’on est dans l’obligation de définir sa position sur la scène internationale, non seulement en matière d’environnement qui est, certes, une cause sacrée. Il s’agit avant tout de faire la preuve d’une compréhension tous azimuts de l’autre aussi bien à l’intérieur des frontières du Québec qu’à l’extérieur. Ce n’est qu’en comprenant les réalités qui secouent le monde actuel et en ayant le budget nécessaire pour former la machine gouvernementale à ces problématiques pour donner l’heure juste et objective, que le Québec pourra espérer être prêt pour franchir le pas vers une indépendance totale !

Thursday, May 29, 2008

Liban : Les défis du nouveau Président





Liban : Les défis du nouveau Président

Alain-Michel Ayache


118 votes pour contre 9 abstentions. C’est le total de voix que le Commandant en chef de l’armée libanaise, le général Michel Suleiman eut pour devenir le douzième Président de la République libanaise depuis l’indépendance.

Cette élection pour la forme vient confirmer l’entente entre les différents belligérants libanais qui a eu lieu à Doha à Qatar sous les auspices de l’Émir de ce petit pays du Golfe. En soi, cette percée politico-diplomatique du Qatar est une première dans la région, puisqu’elle vient supplanter celles traditionnelles de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, mais également de la Syrie. En effet, en prenant à sa charge la réconciliation entre les différentes parties libanaises, Doha vient de présenter un visage neutre dans la région et une nouvelle ère pour la diplomatie arabe, loin des bras de fer interarabes habituels.

Une Charge lourde …

Quant au nouveau Président libanais, la charge est lourde et pleine de défis, notamment en ce qui a trait à la relation avec le Hezbollah et l’avenir de son armement. D’ailleurs, lors de son discours juste après son élection au Parlement, le Président Michel Sleiman n’a pas hésité à souligner l’importance du rôle de « la résistance » contre « l’ennemi israélien » et le succès de la « libération » du Liban que cette dernière « avait accompli » avec la bénédiction et l’appui de l’État libanais et de son armée. Sleiman a également noté l’importance de cet armement et la nécessité de le garder dirigé contre l’ennemi et non vers d’autres Libanais. Une allusion aux derniers événements meurtriers qui avaient fait plus de 80 morts et plus d’une centaine de blessés entre les pro-occidentaux et les prosyriens.

À cela et parmi une pléthore de messages de réconciliation et de demandes de dialogue continue entre tous les Libanais, Sleiman n’a pas hésité à lancer une fléchette contre Damas en parlant de la nécessité de l’établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban. Une telle représentation mettra fin à la position syrienne depuis son indépendance, que le Liban était partie intégrante de la « Grande Syrie ». Elle permettra ainsi à Damas de reconnaître enfin la pleine souveraineté du « Pays des Cèdres ».

Or, Damas ne semble pas encore chaude à cette idée, puisqu’à la différence du ministre iranien des affaires étrangères qui assistait à l’élection de Sleiman à l’hémicycle et qui avait applaudit avec enthousiasme cette phrase, le ministre syrien, lui, était resté bras croisé, le visage raide !

Diviser pour affaiblir !

Bien que cela ne constitue pas en soi un signe de division entre Damas et Téhéran autour de la politique régionale, il n’en demeure pas moins que de plus en plus de signes parviennent d’ici et d’ailleurs sur un début de différend quant à la stratégie régionale entre ces deux alliés anti-américain.

En effet, pour de nombreux analystes aussi bien arabes qu’occidentaux, l’assassinat du chef de guerre du Hezbollah à Damas, le terroriste le plus recherché par Washington, Imad Moghnié, aurait été perpétré par les services secrets d’un pays arabe – certains parlent de la Jordanie – avec la bénédiction de ceux de Damas. Cet assassinat aurait été un « cadeau de bonne foi » offert par Damas aux Israéliens mais surtout aux Américains pour briser la glace entre la Syrie et les États-Unis, mais également pour envoyer un signe à Tel-Aviv pour une reprise des négociations.

À ces analyses, d’autres ajoutent que les dernières révélations sur les pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv confirment la volonté des États-Unis de vouloir briser cette alliance syro-iranienne pour mieux isoler Téhéran. Le Hezbollah perdrait alors cette logistique iranienne qui lui parvenait via la Syrie. Ce qui permettrait ainsi son isolement et sa destruction dans un éventuel conflit à venir.

Le rôle régional du Hezbollah

Or, voilà que le lundi 26 mai, le Secrétaire Général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, monte aux barricades avec un discours des plus forts et des plus guerriers tant sur les plans politique, social que militaire. Cette flambée de paroles de défis survient le lendemain du huitième anniversaire du « succès » du Hezbollah dans la « libération » du Sud du Liban en mai 2000.

Or, maîtrisant la rhétorique guerrière, Nasrallah n’hésite pas de rappeler les « sacrifices de la résistance » et son « succès face à l’ennemi sioniste », mais également sa détermination de continuer jusqu’au bout. Il précise par ailleurs, que ses troupes « sont prêtes à se battre dans n’importe quelle prochaine éventuelle guerre » faisant ainsi illusion à une attaque américaine ou israélienne contre l’Iran.

Par ailleurs, Nasrallah précise nommément les situations aussi bien à Gaza qu’en Irak et fait appel aux uns et aux autres pour reprendre l’exemple de la résistance du Hezbollah afin d’éviter que Gaza « ne tombe dans les mains des Sionistes » et que l’Irak « ne soit pas livré aux Américains et à leurs plan de contrôle de ses ressources naturelles ». En fait, Nasrallah se positionne sur l’échiquier politique régional comme acteur incontournable et une variable à prendre en considération pour toute stratégie régionale. Par ailleurs, il précise le retour des prisonniers libanais en Israël dans un futur proche, comme si des tractations secrètes via l’Allemagne auraient abouti avec les Israéliens! Ce qui lui octroie aux yeux de la rue arabe en général et libanaise en particulier, une stature de leader qui respecte sa parole et soulève et réussit les défis.

Le défi majeur du Président

D’où la question principale qui se pose au nouveau Président libanais, celle de savoir s’il sera capable de mettre un terme aux armes du Hezbollah et s’il réussira à prendre le contrôle de la décision politique libanaise en ce qui a trait tant à la gestion interne du pays que celle de la guerre contre un quelconque « ennemi ». Or, d’ores et déjà. Nasrallah précise haut et fort que les armes du Hezbollah ne seront pas dirigées vers d’autres Libanais, mais que les armes de l’État libanais, donc de ses forces de sécurité intérieures et de l’armée ne doivent pas non plus être dirigées contre le Hezbollah ou de servir pour le combattre.

Des paroles, qui laissent présager que le Hezbollah ne rendrait jamais ses armes. D’ailleurs, à analyser de plus près, l’on pourrait voir clairement la détermination du Hezbollah de mener sa « résistance » par delà la frontière libanaise en encourageant le Hamas et les Chiites de l’Irak à se battre contre les « occupant ». Et pour leur rappeler l’appui de la « résistance » à leur « combat », la machine de la propagande du Hezbollah n’hésite pas à afficher la date de mai 1948 et celle de mai 2008, comme pour dire que la « Nakba » (Catastrophe) palestinienne pouvait se transformer en victoire à l’instar de ce qui s’était passé au Liban en 2000 et 2006.

Tuesday, May 27, 2008

Liban : Les défis du nouveau président !

Le mardi 27 mai 2008

LE SOLEIL - POINT DE VUE

Liban : Les défis du nouveau président !

par Alain-Michel Ayache
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient
Département de Science politique
Université du Québec à Montréal

118 votes en faveur contre neuf abstentions. C'est le total de voix que le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Michel Sleiman a obtenu pour devenir le douzième président de la République libanaise depuis l'indépendance.

Cette élection pour la forme vient confirmer l'entente entre les différents belligérants libanais qui a eu lieu à Doha à Qatar, sous les auspices de l'émir de ce petit pays du Golfe. En soi, cette percée politico-diplomatique du Qatar est une première dans la région, puisqu'elle vient supplanter celles traditionnelles de l'Égypte, de l'Arabie Saoudite, mais également de la Syrie. En prenant ainsi à sa charge la réconciliation entre les différentes parties libanaises, Doha vient présenter un visage neutre dans la région et une nouvelle ère pour la diplomatie arabe, loin des bras de fer interarabes habituels.

Une charge lourde

Quant au nouveau président libanais, la charge est lourde et pleine de défis, notamment en ce qui a trait à la relation avec le Hezbollah et à l'avenir de son armement. D'ailleurs, lors de son discours juste après son élection au Parlement, le président Michel Sleiman n'a pas hésité à souligner l'importance du rôle de «la résistance» contre «l'ennemi israélien» et le succès de la «libération» du Liban que cette dernière «avait accompli» avec la bénédiction et l'appui de l'État libanais et de son armée. Sleiman a également noté l'importance de cet armement et la nécessité de le garder dirigé contre l'ennemi et non vers d'autres Libanais. Une allusion aux derniers événements meurtriers qui avaient fait plus de 80 morts et plus d'une centaine de blessés entre les pro-occidentaux et les pro-syriens.

À cela et parmi une pléthore de messages de réconciliation et de demandes de dialogue continue entre tous les Libanais, Sleiman n'a pas hésité à lancer une fléchette contre Damas en parlant de la nécessité de l'établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban. Une telle représentation mettra fin à la position syrienne depuis son indépendance, que le Liban était partie intégrante de la «Grande Syrie». Elle permettra ainsi à Damas de reconnaître enfin la pleine souveraineté du Pays des Cèdres. Or, Damas ne semble pas encore chaude à cette idée, puisqu'à la différence du ministre iranien des Affaires étrangères qui assistait à l'élection de Sleiman à l'hémicycle et qui avait applaudi avec enthousiasme cette phrase, le ministre syrien, lui, était resté bras croisés, le visage raide!

Diviser pour affaiblir !

Bien que cela ne constitue pas en soi un signe de division entre Damas et Téhéran autour de la politique régionale, il n'en demeure pas moins que de plus en plus de signes parviennent d'ici et d'ailleurs sur un début de différend quant à la stratégie régionale entre ces deux alliés anti-américains.

En effet, pour de nombreux analystes aussi bien arabes qu'occidentaux, l'assassinat du chef de guerre du Hezbollah à Damas — le terroriste le plus recherché par Washington, Imad Moghnié — aurait été perpétré par les services secrets d'un pays arabe — certains parlent de la Jordanie — avec la bénédiction de ceux de Damas. Cet assassinat aurait été un «cadeau de bonne foi» offert par Damas aux Israéliens, mais surtout aux Américains pour briser la glace entre la Syrie et les États-Unis, mais également pour envoyer un signe à Tel-Aviv pour une reprise des négociations. À ces analyses, d'autres ajoutent que les dernières révélations sur les pourparlers secrets entre Damas et Tel-Aviv confirment la volonté des États-Unis de vouloir briser cette alliance syro-iranienne pour mieux isoler Téhéran. Le Hezbollah perdrait alors cette logistique iranienne qui lui parvenait via la Syrie. Ce qui permettrait ainsi son isolement et sa destruction dans un éventuel conflit à venir.

Le rôle du Hezbollah

Or, voilà que le lundi 26 mai, le Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, monte aux barricades avec un discours des plus forts et des plus guerriers tant sur les plans politique, social que militaire. Cette flambée de paroles de défi survient le lendemain du huitième anniversaire du «succès» du Hezbollah dans la «libération» du Sud du Liban en mai 2000. Or, maîtrisant la rhétorique guerrière, Nasrallah n'hésite pas de rappeler les «sacrifices de la résistance» et son «succès face à l'ennemi sioniste», mais également sa détermination de continuer jusqu'au bout. Il précise que ses troupes «sont prêtes à se battre dans n'importe quelle prochaine éventuelle guerre» faisant ainsi allusion à une attaque américaine ou israélienne contre l'Iran. En outre, Nasrallah cite nommément les situations aussi bien à Gaza que de l'Irak, et fait appel aux uns et aux autres pour reprendre l'exemple de la résistance du Hezbollah afin d'éviter que Gaza «ne tombe dans les mains des Sionistes» et que l'Irak «ne soit pas livré aux Américains et à leurs plan de contrôle de ses ressources naturelles».

En fait, Nasrallah se positionne sur l'échiquier politique régional comme acteur incontournable et comme une variable à prendre en considération pour toute stratégie régionale. Par ailleurs, il précise le retour des prisonniers libanais en Israël dans un futur proche, comme si des tractations secrètes via l'Allemagne auraient abouti avec les Israéliens! Ce qui lui octroie aux yeux de la rue arabe en général et libanaise en particulier, une stature de leader qui respecte sa parole, soulève et réussit les défis.

Le défi majeur du président

D'où la question principale qui se pose au nouveau président libanais, celle de savoir s'il sera capable de mettre un terme à la crise des armes du Hezbollah et s'il réussira à prendre le contrôle de la décision politique libanaise en ce qui a trait, tant à la gestion interne du pays que celle de la guerre contre un quelconque «ennemi». Or, d'ores et déjà, Nasrallah précise haut et fort que les armes du Hezbollah ne seront pas dirigées vers d'autres Libanais, mais que les armes de l'État libanais, donc de ses forces de sécurité intérieures et de l'armée ne doivent pas non plus être dirigées contre le Hezbollah ou de servir pour le combattre. Des paroles, qui laissent présager que le Hezbollah ne rendrait jamais ses armes.

D'ailleurs, on peut clairement discerner la détermination du Hezbollah de mener sa «résistance» par delà la frontière libanaise en encourageant le Hamas et les Chiites de l'Irak à se battre contre les «occupants». Et pour leur rappeler l'appui de la «résistance» à leur «combat», la machine de la propagande du Hezbollah n'hésite pas à afficher la date de mai 1948 et celle de mai 2008, comme pour dire que la «Nakba» (Catastrophe) palestinienne pouvait se transformer en victoire à l'instar de ce qui s'était passé au Liban en 2000 et 2006.

Thursday, May 15, 2008

Liban : Requiem pour une souveraineté perdue





Liban : Requiem pour une souveraineté perdue


Alain-Michel Ayache

Il n’a pas fallu plus de quelques jours que le Hezbollah, la milice chiite Amal aidée par les miliciens pro-syrien du Parti social nationaliste syrien (PSNS)—qui ne reconnaît pas l’indépendance et la souveraineté du Liban et le considère comme partie intégrante de la Syrie—contrôlent les rues de Beyrouth ouest mettant ainsi un terme à la souveraineté libanaise, du moins sur cette partie de la capitale.

Le tout a commencé quand le gouvernement a voulu mettre un terme au réseau de télécommunications, installé par le Hezbollah depuis quelques années et qui a servi efficacement durant les événements de l’été 2006 face aux forces israéliennes. Ce réseau représente en fait pour le Hezbollah un nerf de guerre assez crucial et lui garantit une certaine sécurité de transmission de ses informations tant au niveau interne qu’externe. De plus, ce réseau couvre non seulement Beyrouth, mais toutes les régions où le Hezbollah se trouvait à travers le Liban, et compte presque un million de lignes téléphoniques.

À cela s’ajoute le limogeage d’un allié du Hezbollah, un brigadier général responsable de la sécurité de l’aéroport du Liban qui a permis au Hezbollah l’installation de caméras dans des lieux sensibles de l’aéroport et dont leur enlèvement souhaité par le gouvernement mettrait « en danger » les activités du « Parti de Dieu ».

Assez ! Le Hezbollah « réagit »!

En tentant de prendre le contrôle de ce réseau sur fonds d’accusations politiques dans le bras de fer persistant depuis plus de 17 mois entre le gouvernement libanais pro-occidental et l’opposition pro-syrienne, cette dernière a décidé d’aller de l’avant et mettre un terme à ce que le Secrétaire général du Hezbollah avait à maintes reprises qualifié de « patience ».

Aujourd’hui, après le début des hostilités entre chiites et sunnites, le Hezbollah et ses alliés semblent avoir pris le contrôle de la situation dans une sorte de « coup d’État » qui devient chaque heure on ne peut plus clair. D’ailleurs, les combats s’étendent chaque minute vers d’autres régions du pays notamment dans la Montagne du Chouf et dans le Sud, et ce, dans l’espoir de briser les forces du chef druze Walid Joumblatt et celles du leader de la majorité, Saad Hariri, fils de l’ex-premier ministre assassiné en 2005, Rafic Hariri.

Le premier étant physiquement menacé par le Hezbollah et surtout par Damas pour ses nombreuses accusations directes à l’encontre aussi bien du président syrien Bachar Assad que du Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah. Dimanche soir, le Liban comptait plus d’une quarantaine de morts et plusieurs centaines de blessés avec toujours la route de l’aéroport de Beyrouth fermée par les éléments du Hezbollah et de leurs alliés. Pis, les médias proche du courant « Future » de Hariri ont été détruits par les miliciens du Hezbollah et de leurs alliés et les éléments du PSNS n’ont pas manqué d’accrocher les photos du Président syrien comme pour envoyer un message clair au gouvernement.

Une action prévisible…

Cette percée du Hezbollah, bien que militairement prévisible depuis quelques mois, vient rappeler aux Libanais que rien ne se passe au Liban encore sans l’aval de Damas. En effet, depuis le retrait humiliant des troupes d’occupation de Damas du Liban en 2005 suite à la « Révolution des Cèdres », le régime syrien a multiplié ses actions contre le Liban à travers ses alliés libanais. Les nombreux assassinats de députés, de journalistes et d’activistes libanais anti-syriens ne sont qu’une partie de la politique d’intimidation que le régime de Damas a imposée aux Libanais pour se venger de son humiliation de 2005.

De plus, s’est ajouté le blocus des institutions du « Pays des Cèdres » et surtout l’économie et le tourisme du pays depuis 2006 au profit de Damas. D’ailleurs, il suffit de voir les résultats économiques et touristiques de Damas à chaque été en constante croissance alors qu’en comparaison avec le Liban, la faillite est totale à cause notamment de la situation politique instable. Cette dernière demeure otage de la politique de blocage de tout dialogue entre les belligérants libanais en vue de trouver un Président de la République.

En effet, plus de 18 tentatives pour nommer (« élire » officiellement) un successeur au Président sortant allié de Damas, le général Émile Lahoud, se sont heurtées à une impasse politique paralysant de fait les institutions du pays et largement affectant son économie et son tourisme.

Le retour en force de la Syrie sur la scène libanaise

Cette prise de contrôle du Liban par le Hezbollah et ses alliés vient consolider la présence chiite régionale face à l’Arabie Saoudite et l’Égypte (sunnites) qui, pour des décennies, représentaient la décision dite arabe. Elle vient également redonner à la Syrie une nouvelle tribune pour monnayer sa politique régionale et regagner sa place sur l’échiquier du Proche et Moyen-Orient face à une Arabie Saoudite perçue comme plus arrogante que jamais avec sa puissance monétaire et sa manne pétrolière.

Aujourd’hui, pour de nombreux analystes, Damas semble vouloir de nouveau contrôler le Liban pour avoir entre ses mains une carte plus solide advenant son arrivée à la table de négociation avec Israël. D’ailleurs les signes en provenance de Washington indiquent de plus en plus que la variable damascène est remise à l’ordre du jour sur l’agenda des tractations secrètes américaines justifiant le proverbe disant qu’il « est dangereux d’être les amis des Etats-Unis, mais qu’il est mortel d’être leurs amis. »

Or, d’ores et déjà, Washington bien qu’il ait condamné l’action du Hezbollah n’a pas manqué de considérer que cette opération « militaire » du Hezbollah, ne pouvait pas être considérée comme un « coup d’État », tel que annoncé par le Premier ministre Fouad Saniora, mais plus comme un problème politique interne libanais. Ce qui pour le moins a fait perdre le Nord au gouvernement libanais! Et même si l’armée libanaise semble ne pas intervenir et prend possession des emplacements et des endroits que le Hezbollah lui remet en retirant ses troupes de Beyrouth, les autres régions éloignées de la capitale libanaise elles, se sont enflammées et l’arrêt des combats ne semble pas pour demain !

Friday, May 9, 2008

Liban: Requiem pour une souveraineté perdue!

Le vendredi 09 mai 2008

LE SOLEIL - ANALYSE

Liban : Requiem pour une souveraineté perdue!

Alain-Michel Ayache
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient*

Il n'a pas fallu plus de 24 heures pour que le Hezbollah, la milice chiite Amal aidée par les miliciens pro-syrien du Parti social nationaliste syrien (PSNS) — qui ne reconnaît pas l'indépendance et la souveraineté du Liban et le considère comme partie intégrante de la Syrie — contrôlent les rues de Beyrouth ouest mettant ainsi un terme à la souveraineté libanaise, du moins sur cette partie de la capitale.

Le tout a commencé quand le gouvernement a voulu mettre un terme au réseau de télécommunications, installé par le Hezbollah depuis quelques années et qui a servi efficacement durant les événements de l'été 2006 face aux forces israéliennes. Ce réseau représente en fait pour le Hezbollah un nerf de guerre assez crucial et lui garantit une certaine sécurité de transmission de ses informations tant au niveau interne qu'externe.

De plus, ce réseau couvre non seulement Beyrouth, mais toutes les régions où le Hezbollah se trouvait à travers le Liban, et compte presque un million de lignes téléphoniques. À cela s'ajoute le limogeage d'un allié du Hezbollah, un brigadier général de la sûreté générale de l'aéroport du Liban et l'installation de caméras dans des lieux sensibles de l'aéroport qui mettaient «en danger» les activités du Hezbollah.

Assez ! Le Hezbollah «réagit» !

En tentant de prendre le contrôle de ce réseau sur fonds d'accusations politiques dans le bras de fer persistant depuis plus de 17 mois entre le gouvernement libanais pro-occidental et l'opposition pro-syrienne, cette dernière a décidé d'aller de l'avant et mettre un terme à ce que le Secrétaire général du Hezbollah avait à maintes reprises qualifié de «patience».

Aujourd'hui presque 24 heures après le début des hostilités entre chiites et sunnites, le Hezbollah et ses alliés semblent avoir pris le contrôle de la situation dans une sorte de «coup d'État» qui devient chaque heure on ne peut plus clair. D'ailleurs, les combats s'étendent chaque minute vers d'autres régions du pays notamment dans la Montagne du Chouf et dans le Sud, et ce, dans l'espoir de briser les forces du chef druze Walid Joumblatt et celles du leader de la majorité, Saad Hariri, fils de l'ex-premier ministre assassiné en 2005, Rafic Hariri. Le premier étant physiquement menacé par le Hezbollah et surtout par Damas pour ses nombreuses accusations directes à l'encontre aussi bien du président syrien Bachar Assad que du Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah.

Une action prévisible…

Cette percée du Hezbollah, bien que militairement prévisible depuis quelques mois, vient rappeler aux Libanais que rien ne se passe au Liban encore sans l'aval de Damas. En effet, depuis le retrait humiliant des troupes d'occupation de Damas du Liban en 2005 suite à la «Révolution des Cèdres», le régime syrien a multiplié ses actions contre le Liban à travers ses alliés libanais. Les nombreux assassinats de députés, de journalistes et d'activistes libanais anti-syriens ne sont qu'une partie de la politique d'intimidation que le régime de Damas a imposée aux Libanais pour se venger de son humiliation de 2005.

De plus, s'est ajouté le blocus des institutions du «Pays des Cèdres» et surtout l'économie et le tourisme du pays depuis 2006 au profit de Damas. D'ailleurs, il suffit de voir les résultats économiques et touristiques de Damas à chaque été en constante croissance alors qu'en comparaison avec le Liban, la faillite est totale à cause notamment de la situation politique instable. Cette dernière demeure otage de la politique de blocage de tout dialogue entre les belligérants libanais en vue de trouver un Président de la République. En effet, plus de 18 tentatives pour nommer («élire» officiellement) un successeur au Président sortant allié de Damas, le général Émile Lahoud, se sont heurtées à une impasse politique paralysant de fait les institutions du pays et largement affectant son économie et son tourisme.

Le retour en force de la Syrie sur la scène libanaise

Cette prise de contrôle du Liban par le Hezbollah et ses alliés vient consolider la présence chiite régionale face à l'Arabie Saoudite et l'Égypte (sunnites) qui, pour des décennies, représentaient la décision dite arabe. Elle vient également redonner à la Syrie une nouvelle tribune pour monnayer sa politique régionale et regagner sa place sur l'échiquier du Proche et Moyen-Orient face à une Arabie Saoudite perçue comme plus arrogante que jamais avec sa puissance monétaire et sa manne pétrolière.

Aujourd'hui, pour de nombreux analystes, Damas semble vouloir de nouveau contrôler le Liban pour avoir entre ses mains une carte plus solide advenant son arrivée à la table de négociation avec Israël. D'ailleurs les signes en provenance de Washington indiquent de plus en plus que la variable damascène est remise à l'ordre du jour sur l'agenda des tractations secrètes américaines justifiant le proverbe disant qu'il «est dangereux d'être les amis des Etats-Unis, mais qu'il est mortel d'être leurs amis.»

*Département de Science politique, Université du Québec à Montréal

Thursday, May 1, 2008

Jimmy Carter ou le dindon de la farce syrienne




Jimmy Carter ou le dindon de la farce syrienne

Alain-Michel Ayache

Pour un coup médiatique, c’en est un! C’est en ces quelques mots, que la déclaration de l’ancien Président américain, Jimmy Carter, peut être résumée après sa visite à Damas. En réalité, à regarder de très près, un observateur initié au « machiavélisme » de la famille Assad peut déceler une stratégie damascène des plus brillantes pour retrouver une place de choix sur l’échiquier politique régional et s’asseoir de nouveau sur la table de négociation avec les grands.

En effet, selon Carter, le Hamas accepterait l’existence d’une entité israélienne voisine à un État Palestinien, si ce dernier est établi sur les territoires d’avant 1967. Or, Khaled Machaal, le leader de Hamas en Syrie avec qui Jimmy Carter s’est réuni, affirme plus tard que cela ne veut pas dire qu’il reconnaîtrait le droit d’Israël à l’existence. Ce qui vient remettre un grand point d’interrogation sur les déclarations de Carter qui a pourtant déclaré que le Hamas considèrerait les accords signés par le Président palestinien Mahmoud Abbas. Faut-il alors voir dans cette déclaration une stratégie pour situer les éléments de Hamas aux portes de Jérusalem pour un « assaut » final sur l’entité hébraïque? Ou y’a-t-il derrière ces déclarations une volonté syrienne de changer un certain statu quo en sa faveur?

À analyser de plus près, l’on peut discerner un stratagème « assadien » pour court-circuiter les tentatives de l’actuelle administration américaine de mettre au pas le Président syrien. En effet, la mise en place du tribunal international – dont le Liban exige son établissement pour condamner les assassins de l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri ainsi des autres politiciens et journalistes assassinés par les services secrets syriens et leurs sbires au Liban – semble s’approcher à grands pas. D’où cette manœuvre syrienne d’attirer l’attention sur l’utilité de la présence de ce régime syrien et surtout de sa survie, si Washington tenait à trouver une solution à la crise entre Palestiniens et Israéliens.

Pourquoi Carter?

Le fait que ce soit le récipiendaire du prix Nobel de la paix pour avoir réussi à trouver une issue à la crise entre l’Égypte et Israël qui, par la suite, a abouti en 1978 à la signature des accords de paix à Camp David en 1978, est en soit un crédit international incontestable du sérieux de la démarche. Or, selon de nombreux observateurs arabes, il ne s’agit que de la poudre aux yeux brillamment utilisée par Damas pour faire parvenir un message de l’utilité de sa survie. En effet, Assad tente de jouer sur le facteur temps pour regagner une place de choix dans un climat où tout porte à croire que Washington prend plus au sérieux l’Iran que la Syrie. D’ailleurs, la présence chiite au Liban et dans l’ensemble des autres pays arabes sunnites présente une tête de pont très avancée pour l’Iran que Washington ne peut pas prendre à la légère. Et comme l’a bien noté la presse arabe, la décision de Hamas est plus prise à Téhéran qu’à Damas. Quant à Assad, il est cantonné à son propre territoire avec quelques antennes de terroristes en Irak, et au Liban, ce qui fragilise énormément son standing dans la région et dans la rue arabe qui prise actuellement le Hezbollah pro-iranien pour « ses exploits » plutôt que la Syrie !

Ainsi, utiliser la crédibilité de Carter pour signifier à l’administration américaine qu’il y a de sérieuses chances pour une paix entre le Hamas et Israël servirait avant tout les intérêts du régime syrien. C’est également un message à l’électeur américain pour lui démontrer que seul les Démocrates réussissent à trouver une solution de paix alors que les Républicains sont toujours accès sur la guerre. Ce faisant, Assad tente de jouer « machiavéliquement » sur l’opinion publique américaine dans l’espoir de voir son schéma aboutir et sa survie prolongée.

Le mensonge de Hamas

Quant au Hamas, le fait d’accepter qu’un État Israélien ou qu’une entité israélienne puisse exister est en soi une négation de sa raison d’être, car la Charte du Hamas nie même le droit de l’existence d’une telle entité et dit clairement qu’elle est vouée à sa destruction. Et même si l’on considère que le Hamas veuille bien accepter la présence d’un tel État israélien à côté d’un État palestinien, si ce dernier est fondé sur le territoire d’avant 1967, cela serait alors interprété comme s’il renonçait aux terres qu’il avait toujours considérées comme étant palestiniennes, à savoir les terres de 1948! Ce faisant, le Hamas perdrait alors toute légitimité d’existence aux yeux de ses supporteurs. Quid également de la question des « réfugiés » palestiniens et leur « droit au retour » qui pour la plupart —du moins selon toutes les précédentes déclarations du Hamas —incluaient les territoires perdus en 1948 lors de la « Nakba »?

D’où le présent constat de dire que cette manœuvre syrienne par la bouche des représentants du Hamas n’est autre que pour gagner du temps et pousser la Syrie à reprendre un rôle dans le cadre des tentatives américaines actuelles pour trouver une sortie à la crise entre Palestiniens et Israéliens. Le choix de Carter n’est donc pas innocent, et Damas démontre encore une fois le sadisme de son dirigeant car il a réussi à faire dire à un prix Nobel de la paix que sans la participation du Hamas mais surtout de la Syrie aux négociations de paix, cette dernière est loin d’y aboutir.

Friday, April 25, 2008

Jimmy Carter ou le dindon de la farce syrienne !

Le vendredi 25 avr 2008

LE SOLEIL - COMMENTAIRE

Jimmy Carter ou le dindon de la farce syrienne!

Alain-Michel Ayache

Spécialiste* du Proche et Moyen-Orient

Pour un coup médiatique, c'en est un! C'est en ces quelques mots, que la déclaration de l'ancien président américain, Jimmy Carter, peut être résumée après sa visite à Damas. En réalité, à regarder de très près, un observateur initié au «machiavélisme» de la famille Assad peut déceler une stratégie damascène des plus brillantes pour retrouver une place de choix sur l'échiquier politique régional et s'asseoir de nouveau sur la table de négociation avec les grands.

En effet, selon Carter, le Hamas accepterait l'existence d'une entité israélienne voisine d'un État Palestinien, si ce dernier était établi sur les territoires d'avant 1967. Or, Khaled Machaal, le leader de Hamas en Syrie avec qui Jimmy Carter s'est réuni, affirmait plus tard que cela ne veut pas dire qu'il reconnaîtrait le droit d'Israël à l'existence.

Cela vient remettre un grand point d'interrogation sur les déclarations de Carter, lequel a pourtant déclaré que le Hamas considérerait les accords signés par le président palestinien Mahmoud Abbas. Faut-il alors voir dans cette déclaration une stratégie pour situer les éléments de Hamas aux portes de Jérusalem pour un «assaut» final sur l'entité hébraïque? Ou y a-t-il, derrière ces déclarations, une volonté syrienne de changer un certain statu quo en sa faveur?

Un stratagème de la Syrie

Si l'on analyse la question de plus près, on discerne un stratagème «assadien» pour court-circuiter les tentatives de l'administration américaine de mettre au pas le président de la Syrie. En effet, la mise en place du tribunal international — dont le Liban exige son établissement pour condamner les assassins de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri ainsi des autres politiciens et journalistes assassinés par les services secrets syriens et leurs sbires au Liban — semble approcher à grands pas. D'où cette manœuvre de la Syrie destinée à attirer l'attention sur l'utilité de la présence du régime syrien (et surtout de sa survie), si Washington tenait à trouver une solution à la crise entre Palestiniens et Israéliens.

Pourquoi Carter? Le fait que ce soit le récipiendaire du prix Nobel de la paix est en soi un crédit international incontestable du sérieux de la démarche. Carter avait réussi à trouver une issue à la crise entre l'Égypte et Israël, il y a plus de 20 ans. Cela avait abouti, en 1978, à la signature des accords de paix à Camp David. Or, selon de nombreux observateurs arabes, il ne s'agit que de la poudre aux yeux, un artifice brillamment utilisé par Damas pour faire parvenir un message de l'utilité de sa survie.

En effet, Assad tente de jouer sur le facteur temps pour regagner une place de choix dans un climat où tout porte à croire que Washington prend plus au sérieux l'Iran que la Syrie. D'ailleurs, la présence chiite au Liban — et dans l'ensemble des autres pays arabes sunnites — présente une tête de pont très avancée pour l'Iran que Washington ne peut pas prendre à la légère. Et comme l'a bien noté la presse arabe, la décision de Hamas est prise davantage à Téhéran qu'à Damas.

Quant à Assad, il est cantonné à son propre territoire avec quelques antennes terroristes en Irak et au Liban, ce qui fragilise énormément son statut dans la région et dans la rue arabe, laquelle apprécie davantage le Hezbollah pro-iranien pour «ses exploits» plutôt que la Syrie !

Ainsi, le fait d'utiliser la crédibilité de Carter envoie un message à l'administration américaine qu'il y a de sérieuses chances pour une paix entre le Hamas et Israël, mais cela servirait avant tout les intérêts du régime syrien. C'est également un message destiné aux électeurs américains qui tend à leur démontrer que seul les Démocrates réussissent à trouver une solution de paix alors que les Républicains sont toujours axés sur la guerre. Ce faisant, Assad tente de jouer «machiavéliquement» sur l'opinion publique américaine dans l'espoir de voir son schéma aboutir et sa survie prolongée.

Le mensonge de Hamas

Quant au Hamas, le fait d'accepter qu'un État israélien ou qu'une entité israélienne puisse exister est en soi une négation de sa raison d'être, car la Charte du Hamas nie même le droit de l'existence d'une telle entité. Elle dit clairement qu'elle est vouée à sa destruction. Et même si l'on considère que le Hamas veut bien accepter la présence d'un tel État israélien à côté d'un État palestinien (si ce dernier est fondé sur le territoire d'avant 1967), cela serait alors interprété comme s'il renonçait aux terres qu'il avait toujours considérées comme étant palestiniennes, à savoir les terres de 1948! Ce faisant, le Hamas perdrait alors toute légitimité face à ses supporteurs et menacerait son existence même. Quid également de la question des «réfugiés» palestiniens et leur «droit au retour» qui pour la plupart — du moins selon toutes les précédentes déclarations du Hamas — incluaient les territoires perdus en 1948 lors de la «Nakba»?

D'où le présent constat de dire que cette manœuvre syrienne par la bouche des représentants du Hamas n'est autre que pour gagner du temps et pousser la Syrie à reprendre un rôle dans le cadre des tentatives américaines actuelles pour trouver une sortie à la crise entre Palestiniens et Israéliens. Le choix de Carter n'est donc pas innocent, et Damas démontre encore une fois le sadisme de son dirigeant car il a réussi à faire dire à un prix Nobel de la paix que sans la participation du Hamas, mais surtout de la Syrie aux négociations de paix, cette dernière est loin d'y aboutir.

*Département de Science politique, Université du Québec à Montréal (UQÀM)

Tuesday, April 15, 2008

Le Sommet arabe à Damas


Le Soleil
Opinion, mardi, 15 avril 2008, p. 25

Analyse

Alain-Michel Ayache,
Spécialiste du Proche et Moyen-Orient, Université du Québec à Montréal

Le sommet arabe de la division

Depuis l'indépendance du pays des Cèdres, le Liban a été transformé en terrain de confrontation. Les pays de la région s'y sont affrontés par Libanais interposés et la situation ne semble pas en voie de changer. De retour d'un séjour au Moyen-Orient, Alain-Michel Ayache poursuit ses observations.

Le Sommet arabe s'est terminé comme il a commencé : c'est comme si "les Arabes s'étaient mis d'accord pour ne pas se mettre d'accord", comme dirait le proverbe arabe. D'ailleurs, selon "le guide de la Révolution libyenne, l'éternel colonel Mouammar Kadhafi "aucun développement notable n'a été enregistré lors de ce Sommet, comme cela a toujours été le cas lors des précédents sommets". Pour lui, toutefois, "le plus important dans ce sommet, c'est le fait que nous avons reconnu l'existence de divisions, des problèmes et une haine entre les pays arabes et qu'il faut trouver un mécanisme pour le surmonter".

Une division insurmontable


En effet, les 22 pays de la Ligue arabe s'étaient réunis en principe pour trouver une solution finale à la crise politique libanaise et se mettre d'accord sur un plan spécifique pour une politique commune pour l'ensemble de la région. Or, leur communiqué final ne constitue que la traditionnelle conformation de l'absence de toute résolution concrète.D'ailleurs, les divisions sont apparues dès le début de l'annonce de la tenue de ce Sommet à Damas. D'un côté, l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Jordanie, principaux alliés des États-Unis. Ils ont exigé de Damas de mettre fin à la crise politique libanaise en incitant ses alliés chiites libanais - notamment du Hezbollah - qu'ils cessent de bloquer le fonctionnement des institutions libanaises pouvant mener à l'élection d'un président de la République au Liban. De l'autre côté, les pro-Syriens. Entre les deux, quelques pays arabes du Golfe qui cherchent à se démarquer en mettant de l'avant une pseudo-indépendance de décision politique dont le Qatar, les Émirats arabes unis, le Bahrein, le Koweit et le Yémen.Le Sommet devait entre autres trouver une solution à la problématique irakienne et la division palestinienne. Mais le rapport de force entre pro-Américains et pro-Syriens a poussé la moitié des chefs d'État arabes à s'absenter de cette réunion censée être au Sommet. Seulement 11 chefs d'États sur 22 s'y sont rendus. Les autres ont décidé de faire parvenir un message à Damas en déléguant la tâche à leurs ministres des affaires étrangères et autres ministres de rang inférieur.

Conflit d'influence


Or, selon les observateurs arabes, cette absence est significative car elle met l'accent sur la détermination de l'Arabie Saoudite de ne pas s'incliner devant une politique iranienne expansionniste dans la région à travers l'alliance entre Damas et Téhéran. En effet, que ce soit en Irak ou au Liban, les variables, chiites et intégristes sunnites d'obédience Al-Qaïda s'allient stratégiquement et indirectement pour miner les efforts de l'Occident en général et des États-Unis en particulier pour trouver une solution à la crise irakienne.À cela s'ajoute la situation de blocage des institutions politiques libanaises, provoquée par les alliés de Damas dont le Hezbollah afin d'exercer une pression sur la politique étrangère américaine. Quant à la présence des autres pays du Golfe à ce Sommet, elle est, selon ces observateurs arabes, une façon pour eux de se démarquer du jeu saoudien pour des intérêts bien spécifiques. En effet, pour le Qatar notamment, il s'agit avant tout de maintenir et de consolider un rapport de plus en plus solide avec l'Iran et la Syrie notamment.D'ailleurs, Doha, la capitale du Qatar, est de plus en plus présente sur la scène libanaise et les travailleurs libanais spécialisés sont devenus légendes depuis peu à Qatar.Les EAU, le Bahreïn et le Koweit prennent en considération la variable chiite qui constitue une bonne partie de leurs populations respectives et ne peuvent se permettre de s'allier aveuglément sur une politique strictement sunnite saoudienne. Le Yémen, lui, essaye de se positionner entre les belligérants en essayant de jouer la carte du modérateur entre le Hamas et l'Autorité palestinienne, alors que lui-même est aux prises avec un problème avec les islamistes qui essayent de le déstabiliser.Bref, et comme l'a bien expliqué le leader libyen, Mouammar Kadhafi, l'avenir des Arabes paraît plus que compromis. "Où est la dignité des Arabes, leur avenir, leur véritable existence? Tout a disparu", s'est-il écrié avant d'ajouter : "Notre sang et notre langue ont beau être unis, il n'y a rien qui puisse nous unir".

© 2008 Le Soleil. Tous droits réservés.
Numéro de document : news·20080415·LS·0049

Liban: Du pays des cèdres à celui de l'étincelle


Le Soleil
Opinion, lundi, 14 avril 2008, p. 23

Analyse

Du pays des cèdres à celui de l'étincelle...

Depuis l'indépendance du pays des cèdres, le Liban a été transformé en terrain de confrontation. Les pays de la région s'y sont affrontés par Libanais interposés.

Aujourd'hui encore, cette réalité n'a pas changé : la majorité et l'opposition se dressent l'une contre l'autre. De retour d'un séjour au Moyen-Orient, Alain-Michel Ayache nous livre le fruit de ses observations. (Premier de deux)

La majorité est pro-occidentale - pro-américaine pour être exact - et l'opposition pro-syrienne, anti-américaine. Officieusement, les premiers répondent aux "conseils et recommandations" de l'administration américaine, les seconds, à ceux de Damas et de Téhéran. En réalité, il s'agit tout simplement du bras de fer politique entre Washington d'un côté et Damas et Téhéran notamment de l'autre pour le contrôle total de la région du Proche et du Moyen-Orient. Le Liban, comme à son habitude, n'est autre que le terrain de confrontations.

Le Hezbollah dans l'équation

Cette réalité est tellement visible qu'un observateur attentif pourrait facilement déceler les aspirations des groupes libanais de part et d'autre de cette équation de confrontation. Ainsi, le Hezbollah, groupement chiite pro-iranien, mais dont une fraction politique répond également aux ordres de Damas, bloque actuellement le processus d'élection d'un nouveau président libanais. Cette situation dure depuis novembre dernier; la "majorité" essaye d'y remédier en tentant de négocier un meilleur pouvoir pour les Chiites au pays.Conscient de sa force militaire sur le terrain et dans la région, le Hezbollah fait grimper les enchères afin de réclamer un statut supérieur et une minorité de blocage au sein du gouvernement libanais. Il faut comprendre qu'au Liban, la politique est consensuelle car le système est bâti sur la répartition confessionnelle des postes de commandes principaux.Ainsi, pour que le Hezbollah accepte qu'il y ait un nouveau président au Liban, il faudra au gouvernement actuel, présidé par un Sunnite (comme le veut le Pacte national), qu'il lui octroie le tiers des voix. Cela lui permettrait de bloquer toute mention ou loi qui ne conviendrait pas à sa politique. Cela pourrait même aller jusqu'à bloquer toute démarche de paix éventuelle ou entente avec un autre pays si le Hezbollah le décidait!Évidemment, le gouvernement refuse de donner ce droit de veto au Hezbollah. Il tente plutôt de remettre de l'avant la nécessité de l'élection d'un président afin que chaque faction ait sa place sur l'échiquier politique du pays, les chrétiens entre autres (selon le Pacte national, le président du Liban est de confession chrétienne maronite). Or, le problème ne réside pas uniquement dans cette élection, car les deux camps ont trouvé un candidat de consensus en la personne de l'actuel chef de l'armée, le général Michel Sleiman.

Solution ou confrontation?


Pour les observateurs proches de la "majorité", le fait d'avoir trouvé un candidat accepté des deux parties est bon signe. Le problème, il est dans la démarche suscitée par Damas pour reprendre le contrôle politique du Liban à travers une stratégie de blocage des institutions et des décisions gouvernementales.Pour réussir, le régime syrien a besoin de donner au Hezbollah et à ses alliés libanais une capacité d'action suffisante tout en gardant le Liban otage de ses décisions, lesquelles répondent à des objectifs régionaux qui lui sont propres. C'est dans cette perspective que Damas s'est allié à Téhéran pour tenter de reprendre le dessus sur les autres pays arabes (sunnites) de la région.Quant à Téhéran, le fait d'armer le Hezbollah et de lui procurer maintenant des missiles balistiques capables de frapper le coeur des villes israéliennes de densité populaire élevée le place comme un acteur important sur la scène régionale et avec lequel le prochain président américain devra composer. En effet, Washington se trouvera bientôt devant l'alternative suivante : traiter avec l'Iran pour mettre au pas l'intégrisme sunnite d'Al-Qaïda ou bien se lancer contre lui dans une guerre régionale pour redessiner la carte du Moyen-Orient laissée par Sykes et Picot.Dans les deux cas, il est clair que le Liban servira de base de lancement des attaques ou, pour être plus exact, le pays à partir duquel l'étincelle embrasera la région dans son ensemble.

Alain-Michel Ayache, spécialiste du Proche et Moyen-Orient, Université du Québec à Montréal


DEMAIN : Le sommet arabe de la division

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Numéro de document : news·20080414·LS·0050