Monday, August 22, 1994

L'indépendance, une utopie

La Presse
Éditorial, lundi, 22 août 1994, p. B2

La boîte aux lettres

L'indépendance, une utopie

Alain-Michel Ayache
Journaliste montréalais d'origine libanaise



Être ou ne pas être Canadiens, là est la véritable question que se posent les Québécois aujourd'hui!

Cette dure réalité est devenue incontournable à un point tel que tout le monde a les yeux braqués sur la belle province, tellement les enjeux sont décisifs.

En effet, une victoire du Parti québécois semble vouloir signifier le compte à rebours pour l'accession à la souveraineté du Québec. Du moins, c'est ce que M. Parizeau laisse entendre. Un tel scénario a toutes les chances d'aboutir à condition que les Québécois affichent en grande majorité leur volonté de quitter le Canada lors du prochain référendum. Toutefois, un tel choix n'est pas aussi facile à faire à un moment où l'économie mondiale semble au bord du gouffre et n'arrive pas à se sortir complètement d'une récession devenue étouffante.

Faire du Québec un pays indépendant et par-dessus tout francophone est une utopie qui ne peut durer que le temps des élections, juste avant que le peuple ne se réveille et n'affronte la terrible réalité, celle du divorce consommé avec le Canada, avec toutes les conséquences qui en découlent. Non, ce n'est pas de la démagogie, c'est du réalisme que de dire qu'actuellement un projet d'indépendance est suicidaire à court terme pour le Québec. Suicidaire, car nul n'ignore les visées de nos voisins du Sud sur les richesses naturelles de notre province.

Nul n'ignore qu'avec un premier ministre comme Jean Chrétien, un gouvernement péquiste n'a aucune chance de gagner une quelconque «politique» en faveur du Québec. Au contraire, un tel gouvernement est susceptible de demeurer dans un état de tension permanente avec Ottawa, sans pour autant parler de la dette à partager et de toute la confusion que cela va causer dans les esprits des gens du pays!

Par ailleurs, nous entendons souvent M. Parizeau dire que l'indépendance se fera, mais que les Québécois auront le choix de garder la double nationalité. C'est-à-dire qu'ils pourront conserver leur passeport canadien tout en détenant le nouveau passeport québécois. Mais que feront alors ceux qu'on surnomme les néo-québécois? Auront-ils trois nationalités, puisque la plupart d'entre eux détiennent déjà la double nationalité? Ou la politique de M. Parizeau sera sélective à leur égard et, par le fait même, ils seront considérés comme des personnes appartenant à une catégorie spéciale de citoyens, alors qu'ils sont des citoyens à part entière comme tous les autres québécois.

À cela le chef du PQ répondra sans doute que de nombreuses personnalités issues des communautés culturelles se sont jointes à lui dans son combat francophone et se présentent pour son parti aux prochaines élections. Or, si on regarde de près ces personnalités, on constate facilement que la plupart - pour éviter de dire l'écrasante majorité - ne représentent aucunement leurs communautés culturelles. Le pire, c'est que beaucoup de ces personnes ne savent même pas parler français.

Logiquement, on est alors en droit de se poser la question suivante: comment ces personnes pourront-elles défendre les intérêts de leurs concitoyens québécois à l'Assemblée Nationale? Ou s'agit-il simplement de figurants pour le compte de M. Parizeau? Si c'est le cas, quel Québec le PQ nous prépare-t-il?

Et la monnaie dans tout cela? Allons-nous garder la monnaie canadienne comme devise du Québec libre? Allons-nous garder les effigies des personnalités qui ont marqué l'histoire du Canada ou celle de la reine d'Angleterre? Et si M. Parizeau choisit le dollar américain, n'est-ce pas une signature en blanc en vue d'une annexion lente mais certaine du Québec par les États-Unis?! On parle bien ici d'annexion, car nul n'ignore que le pouvoir économique de nos voisins du Sud est assez fort pour avaler l'économie québécoise en un rien de temps.

Et les autres francophones du Canada, que deviendront-ils? MM. Parizeau et Bouchard promettent bien d'aider ces communautés, ce qui est pour le moins étrange, car le fait que le Québec accède à l'indépendance signifie que des frontières s'établiront entre lui et le reste du Canada, lequel deviendra de facto un pays étranger. Nul n'a alors besoin de préciser qu'une telle action du Québec en faveur des communautés francophones pourrait être vue par le Canada comme une ingérence dans les affaires internes du pays et susceptible de représailles de toutes sortes.

Bref, ce scénario cauchemardesque ne peut être qu'annonciateur de la fin d'un pays québécois. Car vouloir faire l'indépendance, c'est une excellente chose à condition que l'on sache ce qui nous attend. Une telle démarche est à sens unique. Une fois le processus enclenché, il devient impossible de retourner en arrière. Une telle option de retour ne peut que détruire définitivement tous les gains que le Québec a réalisés depuis le début de la Confédération!

Réfléchissons avant qu'il ne soit trop tard.


Wednesday, March 30, 1994

Le Liban doit devenir une confédération

Le Devoir
Le Monde, mercredi, 30 mars 1994, p. A8

Le Liban doit devenir une confédération, dit un partisan d'Aoun

Ayache, Alain-Michel

Trois ans et demi après leur exil forcé en France, voilà que pour la première fois, un ministre du gouvernement militaire libanais du général Michel Aoun, est autorisé à quitter Nice, lieu de sa résidence actuelle.

Vice-premier ministre, le général Issam Abou-Jamra était de passage à Montréal pour quatre jours, porteur d'un projet important sur l'avenir du Liban. Il a été accueilli par la diaspora à laquelle il s'est adressé dimanche dernier, afin de lui présenter le projet de son gouvernement.

L'essentiel de son message porte sur deux points primordiaux pour la survie du Liban. Deux choix que les Musulmans du Liban devraient prendre en considération pour maintenir d'une façon ou d'une autre l'unité du pays. «Les Libanais n'ont désormais le choix qu'entre deux solutions: soit la laïcité politique, soit la confédération à la Suisse, où chaque communauté sera libre de déterminer ses propres règles de conduite, ses lois, etc., au sein d'une entité nouvelle» dont les frontières demeureront toujours celles du Liban actuel, a expliqué le général Abou-Jamra.

Cet appel aux musulmans est pour lui très important car ils «n'ont jamais vécu avec nous en harmonie mais à nos côtés» tout en ayant différents points de vue quant à qui est l'ennemi du Liban ou qui est son ami. «Nous avons jamais pu nous entendre sur un seul ennemi» précise-t-il.

Ainsi et selon toute vraisemblance, la confédération pourrait bien être la seule solution plausible au malaise libanais à l'instar de la solution yougoslave parrainée récemment par le président Clinton.

D'ailleurs, nul n'ignore que les musulmans rejettent de facto la laïcité. De même, nul n'ignore la calvaire par lequel passent aujourd'hui les Chrétiens du Liban, où l'armée d'occupation syrienne contrôle leur région et où l'insécurité est plus que jamais leur pain quotidien. En fait, il semble selon le général Abou-Jamra, que le dessein réservé à la région du Moyen-Orient est porteur d'une série de nouvelles confédérations ethnico-religieuses qui pourraient le cas échéant, ramener une certaine stabilité et dont le processus de négociations dans le cadre des pourparlers de paix, n'est autre que le commencement.

Les chrétiens du Liban, quant à eux, semblent payer pour l'instant les pots cassés, en attendant la visite du Pape au Liban, programmée pour le mois de mai prochain.

Une visite qui, selon les dires de personnalités libanaises mais également françaises, signera la garantie de la protection des chrétiens du Liban, déterminés plus que jamais à garder un certain pouvoir, une certaine dignité face à la montée de l'intégrisme musulman.Des chrétiens qui cherchent également à se dresser contre un schéma d'annexion de facto de leur pays par la Syrie. Une Syrie qui contrôle actuellement plus de 90% du territoire libanais et qui n'hésite pas à obliger le président libanais, M. Elias Hraoui à signer des traités au seul profit de Damas.

Tuesday, August 3, 1993

Après la "Guerre des Sept-Jours"

Le Devoir
Idées, mardi, 3 août 1993, p. A13

Après la «Guerre des Sept-Jours»
Le chemin de Damas

Ayache, Alain-Michel
Journaliste montréalais d'origine libanaise

Chaque collaboration a son prix. Celle du régime actuel du Liban a non seulement conduit le pays à une annexion de facto de la part de Damas, mais également à en faire une proie facile à tout pays voulant avoir son mot à dire sur la scène régionale.

En effet, ce qui se passe aujourd'hui au Sud-Liban n'est autre chose que la continuité de la politique de l'autruche conduite par le gouvernement de M. Rafik Hariri, d'autant plus que la réaction d'Israël était prévisible.

Prévisible, car le Hezbollah est la seule milice (avec celle d'Amal) à n'avoir point été neutralisée lors des opérations de désarmement lancées par le régime en place pour mettre fin à la présence des milices et ainsi rendre le pouvoir violé à l'armée et à l'État.

Cette action avait été largement appuyée par Damas. La Syrie avait non seulement donné son aval pour cette opération, mais avait également prêté main-forte à l'armée libanaise.

Le Hezbollah est appuyé et armé par l'Iran, mais il opère sous la houlette de Damas.

En fait, si la Syrie n'a pas désarmé ce groupe de fanatiques, c'est justement pour garder une carte entre ses mains, qu'elle utilise pour exercer des pressions de toutes sortes sur les Américains, mais également sur les Israéliens, dans le cadre des négociations des pourparlers de paix au Moyen-Orient.

C'est ainsi qu'à chaque visite annoncée du secrétaire d'État américain Warren Christopher pour la région, le Hezbollah s'active comme par hasard sur le terrain et lance ses attaques contre le territoire nord d'Israël!

Dès lors, il est naturel que Tel-Aviv réplique...

Ce qui est malheureux dans cette histoire, c'est que les Libanais sont les victimes de toutes les exactions syriennes et israéliennes.

Ce sont eux qui paient les pots cassés, pendant que leur gouvernement ne cesse de se plaindre auprès des Nations unies comme un enfant lorsqu'il fait tomber son jouet... Pourtant, il peut remédier à ce «problème» rapidement en prenant les choses en mains et en garantissant la sécurité de ses populations.

Bien entendu, cette protection des citoyens libanais devra passer par le maintien de l'ordre à l'intérieur du pays. Et donc, par le contrôle des activités militaires de tous les groupes armés, afin que nul pays avoisinant n'ait d'excuses valables pour s'attaquer au pays des Cèdres!Damas est la seule bénéficiaire de ce qui se passe actuellement au Liban, puisqu'elle pousse l'État hébreu vers un discrédit international et envoie par le fait même, en direction de l'Occident, un message plus clair que jamais, à savoir que c'est elle qui décide au Liban! Il n'est pas étonnant d'entendre Washington dire que la visite de M. Christopher dans la région ne comportera pas d'escale à Beyrouth, mais en comptera bien une à Damas.

Ainsi, la tragédie libanaise n'est qu'une mascarade de politique et de diplomatie internationale. Une pièce de théâtre qui oppose, dans un bras de fer interminable, Israël et la Syrie pour le contrôle de la région, ou plus exactement pour la répartition de la région en zones d'influences.

Le Liban demeure quant à lui l'endroit préféré pour le règlement de ces différends. Sa population, elle, demeure condamnée à l'éternelle souffrance...


Friday, January 29, 1993

Adieu Bush, Bonjour Clinton

Le Devoir
Idées, vendredi, 29 janvier 1993, p. A9

Adieu Bush, bonjour Clinton
Le combat de coqs qui opposait Saddam Hussein
à George Bush devrait changer de ton


Ayache, Alain-Michel
Journaliste montréalais d'origine libanaise

Adieu Bush le tyran, bonjour Clinton le pragmatique.» C'est, semble-t-il, le nouveau slogan du dirigeant irakien Saddam Hussein pour accueillir cette nouvelle ère clintonienne...

Un changement de ton et de stratégie est à l'ordre du jour sur l'agenda du maître de Bagdad.

Jusqu'à présent, le bras de fer qui avait opposé Saddam Hussein à George Bush était dû avant tout à un conflit de «coqs» dans un seul but, celui de savoir qui sera le gagnant de cette partie de «tu me frappes, je te frappe» !

En fait, Washington n'a jamais voulu changer le pouvoir en place de peur de chambarder toutes les données régionales et surtout de peur de laisser libre cours à Téhéran pour exporter sa révolution islamique.

Une telle démarche aurait sans doute fait perdre à Washington tous les gains que l'administration Bush avait programmés et aurait mis la région à feu et à sang, menaçant par là même la sécurité des monarchies arabes et les intérêts américains dans l'ensemble de la région.

Bush devait à tout prix affaiblir l'Irak afin de réduire les craintes de ses alliés israéliens, mais en même temps, assurer sa mainmise directe sur le nerf de l'économie: le pétrole.

Un plan machiavélique

En gardant Saddam Hussein en place sans trop l'affaiblir par rapport aux monarchies du Golfe, l'administration Bush mettait en place un plan machiavélique de contrôle des régions du Golfe arabo-persique.

En effet, comment garder une main haute officiellement sans être accusé par les populations des pays en question, de colonisateur? C'est toute la logique que Bush utilisa dans sa stratégie du «Nouvel Ordre mondial».

Permettre à la machine irakienne de survivre, c'est garder le spectre de la terreur de Saddam hissé au-dessus des têtes des Monarques qui n'auraient d'autres choix que de maintenir la présence et les aides américaines sous toutes leurs formes...

Car, dans un temps où le réveil des nationalités et les conflits ethniques se font sentir, la prudence de Washington est de mise.

L'administration Bush savait qu'hormis des dictateurs comme Saddam Hussein en Irak et Hafez al-Assad en Syrie, aucun autre régime ne pourrait mater un soulèvement islamique qui mettait sans aucun doute les intérêts des États-Unis en péril.

Malheureusement pour Bush, Saddam avait appris la leçon la première fois. Il lui fallait maintenant tenir tête à celui qui est devenu son ennemi numéro un: George Bush, surtout que ce dernier était sur le point de perdre les élections.

Conscient de l'enjeu, Saddam Hussein préféra rendre la pareille à Bush en lui tendant un bras d'honneur.

Sa politique consistait à discréditer le président sortant afin de montrer à son peuple, et à ses ennemis arabes, qu'il est après tout le gagnant, puisque Bush s'en va et lui reste.

Certes, cette logique nous paraît un peu naïve, mais pour les Irakiens et les Arabes en général, elle est d'une efficacité certaine et annonciatrice de messages politiques clairs de la part des régimes en place...

Il faut dire que la montée de la tension entre Washington et Bagdad ces derniers jours montrait à quel point le combat «pour l'honneur» des deux belligérants atteignait un pic.

Pour Bush, il fallait prouver qu'il contrôlait toujours la situation à la veille de son départ de la vie publique, tandis que pour Saddam, il s'agissait de prouver à sa façon qu'il n'a pas encore dit son dernier mot.

Saddam Hussein cherchera la première occasion de mettre à nouveau le Koweit à feu et à sang tant que l'autre dictateur de la région, et principal concurrent au leadership des pays arabes, Hafez al-Assad, n'aura pas rendu la souveraineté au Liban qu'il occupe à 90 % depuis le 13 octobre 1990.

Cette logique de Saddam veut que, si respect des frontières il devait y avoir, il faudrait qu'il soit appliqué à tous les régimes sans distinction, surtout si ces derniers sont des régimes arabes !

Bref, à la vision américaine qui consiste à maintenir Saddam en place pour contrer une extension de la révolution iranienne et la montée de l'extrémisme musulman avec le danger de prolifération des armes nucléaires en provenance des ex-républiques musulmanes soviétiques, s'oppose celle de Saddam qui veut retrouver son prestige.

Ce regain ne pouvait se faire qu'en mettant le principal ennemi du président irakien échec et mat!

Ce fut fait... avec un bras d'honneur du Maestro de Bagdad !

L'administration Clinton, quant à elle, se verra sans doute testée par Bagdad dans des moments difficiles où elle sera occupée à colmater les brèches nationales.

À ce moment-là, Clinton se trouvera face à «Saladin» qui ne manquera pas de marquer des points pour atteindre ses objectifs.

En attendant, les deux présidents se regardent et s'étudient mutuellement en essayant de limiter les dégâts...

Wednesday, December 16, 1992

La politique de l'eau

Le Devoir
Des idées, des événements, mercredi, 16 décembre 1992, p. B10

La politique de l'eau
Israël fait payer aux Palestiniens ses problèmes d'approvisionnement en eau

Ayache, Alain-Michel
J
ournaliste d'origine libanaise établi à Montréal

LES PLUS optimistes considèrent l'eau, ressource vitale pour les pays du Moyen-Orient, comme facteur stabilisateur et précuseur d'un règlement de la crise dans la région; à l'inverse, source certaine de conflits proches, selon les plus pessimistes.

La nature des terres arides et semi-arides des pays de la région ,ainsi que la surpopulation, poussent les gouvernements à adopter des mesures draconiennes pour assurer un maintien optimum de l'eau pour leur agriculture. Une agriculture d'une importance vitale pour la majorité de la population, de laquelle elle tire une grande partie de ses revenus.

La grande majorité de la population de la région est formée de paysans. Ces derniers sont attachés à leurs terres, seules sources de revenu, voire même, seules sources de survie dans un monde où la corruption des dirigeants est la règle plutôt que l'exception.

À cela s'ajoute bien entendu la demande croissante en eau pour usage domestique. Une consommation qui ne cesse de croître dans les pays arabes dont la démographie est galopante, de même qu'en Israël, notamment depuis l'arrivée massive des Refuzniks, les juifs soviétiques. Les habitudes et la culture de ces derniers sont les causes principales de l'augmentation de la consommation d'eau.En fait, Israël est le principal consommateur d'eau de la région avec ses multiples projets «verts». Car, dans le but de transformer les terres arides en des terres cultivables afin de tirer un maximum de la production agricole et subvenir ainsi aux besoins de ses citoyens, l'État hébreu n'hésite pas à imposer des quotas aux Palestiniens des territoires occupés. Ces derniers se trouvent alors avec un approvisionnement à peine suffisant pour leur utilisation domestique. Les paysans palestiniens sont de facto pénalisés et contraints à prendre le chemin de l'exil ou celui de la rue à la recherche d'une autre source de revenus.Selon les professeurs H.A. Amery et A.A. Kubursi de l'Université de McMaster, à Hamilton, en Ontario, la dépendance d'Israël sur l'eau s'est accrue depuis les années 60 et tout particulièrement après la Guerre des six jours en 1967. L'État hébreu obtient plus du tiers de ses dépenses en eaux de la Bande de Gaza. Son manque d'eau est tel que les dirigeants israéliens n'hésitent pas à considérer des alternatives «externes». En d'autres termes, l'État hébreu pourrait bien dans un futur proche - s'il ne le fait pas déjà - drainer les eaux des fleuves des pays avoisinants!
Le Jourdain, le fleuve nourrit non seulement Israël mais aussi et surtout la Jordanie,et fait aussi l'objet de controverses. Sauf que dans ce cas, la Realpolitik du roi Hussein de Jordanie maintient l'équilibre fragile entre les deux pays, quitte à trouver une sortie honorable pour ce conflit «diplomatique» sans trop faire des remous.

De même, le fleuve libanais Le Litani, est une source indispensable pour le sud du Liban où l'agriculture était - et est toujours - la principale activité des Sudistes, bien que la guerre ait ralenti cette activité à un niveau presque local.

En Syrie, c'est le fleuve Banias, situé sur les hauteurs du Golan occupées par Israël depuis la dernière guerre arabo-israélienne en 1967 et annexé dans les années 80, ainsi que le Yarmouk situé sur la frontière syro-jordanienne, qui assurent la majeure quantité d'eau nécessaire à Damas pour mener à bien sa politique d'irrigation de distribution d'eau pour usage domestique ou industriel.

L'Irak, quant à lui, tire son eau de l'Euphrate, un des principaux fleuves de la région du Moyen-Orient. Les barrages construits par les différents pays répondent à une partie des besoins mais demeurent insuffisants.

À ces problèmes, les spécialistes proposent quatre solutions : la dessalaison de l'eau de mer; le recyclage de l'eau utilisée: la réduction de l'eau attribuée à l'irrigation; et le partage pacifique des eaux de la région entre toutes les parties concernées...

Au chapitre du dessalement, le coût de la facture serait très salé, puisqu'il faudrait envisager la construction de centrales nucléaires. Mais comment construire des installations nucléaires dans une région connue pour son instabilité et pour les aspirations despotiques et expansionnistes de ses chefs.Le recyclage est déjà pratiqué dans certains pays, notamment en Israël. Mais comme tout recyclage, l'eau perd à chacune des ces opérations une partie de ses qualités. Elle devient après une série de recyclages inutisable... La réduction de la quantité d'eau attribuée à l'irrigation créerait des problèmes sociaux évidents. Les paysans seraient ainsi pénalisés et condamnés à l'émigration et au chômage.Demeure l'ultime solution proposée dans les années 60 par le Libanais Maurice Gémayel et remise sur la table en 1987 par le premier ministre turque Turgut Ozal. Il avait attiré l'attention internationale sur le problème de l'eau dans la région et avait présenté la formule du Peace Pipeline Proposal, une sorte d'oléoduc qui aurait transporté l'eau de Turquie, où la richesse de ses réserves sous-terraines, combinée à celles du Liban et de l'Irak, suffiraient à aider tous les autres pays de la région à disposer de quantités d'eaux nécessaires pour leurs diffférents usages. Malheureusement, cette proposition avait été reléguée aux oubliettes en raison des tensions politiques.

Aujourd'hui que les pourparlers de paix sont plus que jamais d'actualité, les spécialistes de toutes les parties prennent au sérieux le problème de l'eau. Car, selon les analystes, le besoin en eau de la population du Moyen-Orient atteindra un point de non-retour vers le début de la première décennie du siècle prochain.

Saturday, August 22, 1992

Les élections libanaises

Le Devoir
Le Cahier du Samedi, samedi, 22 août 1992, p. B14

Les élections libanaises
L'ultime chance pour la Syrie d'annexer le Pays des cèdres

Ayache, Alain-Michel

Journaliste libanais installé à Montréal

CE WEEK-END, des élections doivent se tenir au Liban, malgré la présence des armées d'occupation syrienne et israélienne.

Cette démarche électorale est la première depuis le début de la guerre civile, en 1975. En effet, la dernière élection des représentants du peuple libanais date de 1972. Il s'agissait alors d'un mandat de quatre ans. Un mandat qui n'a cessé d'être renouvelé «exceptionnellement» par le Parlement, pour cause de guerre.

Aujourd'hui que le Liban semble retrouver une Pax fragile et surtout syriana, le régime en place tente, sous les pressions de Damas, de se légitimer par un tour de passe-passe. Tour de passe-passe béni, évidemment, par les États-Unis d'Amérique mais condamné par l'ensemble des Libanais de la diaspora, ainsi que par la grande majorité de leurs parents restés au pays.

Pour comprendre les enjeux de ces élections, il faut remonter au 14 mars 1989, date du déclenchement de la «Guerre de libération» lancée par le premier ministre, le général Michel Aoun.

Un rêve syrien vieux de 50 ans

À l'époque, le général Aoun essayait de mettre des bâtons dans les roues de la machine destructrice syrienne, qui tentait d'engloutir le Liban. Un rêve syrien vieux de plus de cinquante ans et avoué publiquement en 1991, quelques mois après la chute de la «région libre», par le ministre de l'Intérieur syrien, devant les caméras de la télévision libanaise!

Le premier ministre Aoun avait destitué les parlementaires de leur mandat par les pouvoirs qui lui étaient octroyés par la Constitution du Liban. Il avait déclaré cette «guerre» aux députés libanais après qu'ils aient signé à Taëf, une ville saoudienne, un accord portant le nom de cette ville.

Un accord caduc selon la Constitution libanaise, puisque aucun traité ou accord concernant le Liban ne devait être signé en-dehors du territoire libanais. Or, c'est justement à cause de cette trahison que le général Aoun a dissout le Parlement. D'autant plus qu'aux yeux des Libanais, ce dernier avait perdu depuis longtemps toute légitimité!

La suite, nous la connaissons. Le Liban fut livré corps et âme par Washington au dictateur syrien Hafez al-Assad, pour le remercier de sa «collaboration» à l'effort des alliés contre l'autre dictateur de la région, l'irakien Saddam Hussein. Quant aux Libanais, ils n'ont cessé de crier leur refus de cette situation tragique qui les conduit de plus en plus à chercher refuge et exil dans les pays de l'immigration, et notamment ici même à Montréal, où la communauté libanaise avoisine les 100000 personnes.

Sauf que l'Accord de Taëf, appliqué en toute lettre jusqu'à présent, semble aujourd'hui se heurter à la deuxième partie de son application, qui concerne le «redéploiement» des armées d'occupation syrienne à une quarantaine de kilomètre de la capitale libanaise, soit dans la vallée de la Békaa sous contrôle syrien depuis 1976, devenue célèbre depuis cette date pour la culture de... la feuille de coca: ce fut l'un des moyens utilisés par les officiels syriens pour remplir leurs poches et payer les terroristes à leur solde.

En effet, depuis l'exil forcé du général Aoun à Marseille, les Syriens font la pluie et le beau temps au Liban. Ils nomment quiconque leur est favorable. Ils éliminent tous ceux osant les défier ouvertement devant la presse internationale. La presse libanaise, jadis libre, s'est retrouvée tout à coup muselée après la chute du général Aoun, et ses journalistes sujets à des menaces physiques et assassinats ou forcés à l'exil.

Mais depuis quelque temps, la crise économique ravage le reste de l'économie du Pays des cèdres et mène le Liban vers une crise sociale certaine. Elle menace par le fait même le rôle de la Syrie dans le soi-disant «maintien de l'ordre». En fait, il n'est pas de jour où le peuple ne conteste le gouvernement mis en place par le régime actuel et les ministres nommés avec l'accord préalable de Damas.

Les nombreuses manifestations de la classe ouvrière et de la majorité de la population civile montrent la volonté et la détermination des Libanais à en finir avec cette mascarade quotidienne qui les ruine chaque jour un peu plus et avec la présence syrienne néfaste représentée par l'actuel régime de Elias Hraoui, président de la «IIe République» libanaise.

D'ailleurs, à chaque fois que les ministres ne s'accordent pas entre eux sur l'ordre du jour de leur conseil ou sur un quelconque sujet libanais, ils se dirigent carrément vers Damas afin de se plaindre de l'attitude de l'un ou de l'autre, entendez bien de tel collègue ministre ou de tel autre!

Même le président de cette «IIe République» rend plus souvent de visites qu'il qualifie «d'officielles» à Damas, qu'à ses propres ministres! De quoi rendre certains politiciens libanais jaloux de ces va-et-vient présidentiels avant de l'imiter afin de gagner une sorte d'affranchissement et quelques dollars de plus.

Sauf que l'effort de la diaspora libanaise et les quelques messages du général Aoun tirés à des centaines de milliers d'exemplaires sur des cassettes et distribués à travers les pays de l'immigration et au Liban, poussent la communauté internationale de plus en plus vers un réveil et vers une demande certaine pour que la Syrie se retire immédiatement du Liban sans conditions préalables.

Une manière de légaliser la situation actuelle

Le gouvernement libanais se trouve coincé par la volonté syrienne d'effectuer les élections avant le «redéploiement» des forces syriennes, programmé dans l'Accord de Taëf, au plus tard au mois de septembre 1992. En fait, Damas cherche à s'assurer de la mise en place d'un gouvernement vassal à sa disposition tel celui qui est actuellement au pouvoir afin de continuer à contrôler le Liban.

Les dirigeants syriens savent très bien que le peuple libanais est en grande majorité opposé à leur mainmise totale. D'ailleurs, les nombreux tracts imprimés et distribués clandestinement par la Résistance libanaise et les milliers de graffitis pro-Aoun que l'on trouve chaque jour sur les murs de la Capitale et même sur la frontière syro-libanaise, appelant le peuple à se soulever contre l'oppresseur syrien et ses alliés libanais, témoignent du ras-le-bol de la population.

Ils savent également que la diaspora est unanimement contre la tenue des élections avant le retrait des troupes de Damas de la capitale.

Pour la plupart des Libanais, ces élections constituent la tentative ultime de la Syrie d'annexer le Liban. Car si les Libanais contestent encore devant la communauté internationale le régime actuel, c'est justement à cause de son illégitimité.

Les élections permettraient à la Syrie de légitimer tous les accords privilégiés qu'elle avait passés avec le Liban ainsi que sa présence armée. Les Libanais craignent même qu'elles légitiment à moyen terme l'annexion de leur pays par la Syrie.

Une telle légitimation par «vote universel» offrirait à la Syrie un moyen solide pour contester toute ingérence étrangère dans la politique libanaise et les relations spéciales avec la Syrie, puisque le choix des Libanais aurait été exercé «librement»! Entendez bien par là que les Libanais auraient voté ou plus exactement auraient été obligés de prétendre l'avoir fait «librement»!

Seule une activité coordonnée entre la CEE et les États-Unis garantirait la mise en place d'une atmosphère libre sous la supervision des Nations unies et porteuse d'espoir aux Libanais.

Or, au rythme où vont les relations entre la CEE et les États-unis, quant aux visions réservées à cette partie du monde dans le Nouvel Ordre mondial du président Bush, une telle activité est loin de voir le jour. Pour les Libanais de la diaspora, elle est utopique! Mais ils gardent l'espoir. L'espoir qui était et est toujours une devise des «Libanais libres et fiers» comme disait jadis, le général Charles de Gaulle. Hier, l'espoir s'appelait Béchir Gémayel. Aujourd'hui, il s'appelle Michel Aoun.

Monday, January 1, 1990

Welcome, Bienvenus (es)

Welcome to my Blog.

For many months now, I have been thinking of creating this blog but did not have the time to do so. I am trying it now hoping to create a real debate on many issues with regards to Canadian and US Foreign policies in the Middle East, but also on internal Canadian matters.

I'll also try to put a copy of all available articles I have written and were published in Canadian English and French dailies and weeklies, at least those that are still online. I had the bad luck of loosing my archives due a computer HD crash. Documents were unfortunately unrecoverable.

I would ask all those interested in exchanging with me, to use the e-mail account associated to this account and hope that our exchange would bring a plus to the Canadians as well to all others interested in getting the "other truth" about the Middle East.

Articles are in both Canadian official languages: English and French.

Again, hope you'll discover a different point of view about these important issues that we have been forced to deal with in North America since the 9-11 terrorist acts.

Alain-Michel Ayache
PS: For practical reasons and in order for this posting to be the first one on the list, I dated it Januray 1st, 1990, although it was created on April 8th, 2008.